On arriva au palais de Gracieux; il donna des ordres pour qu'on préparât l'appartement de la reine, et, ne voulant pas souffrir que personne touchât à Rosalie, il la porta lui-même jusqu'à sa chambre, où il la déposa sur un lit, en recommandant aux femmes qui devaient la servir de le prévenir aussitôt qu'elle serait réveillée.
Rosalie dormit jusqu'au lendemain; il faisait grand jour quand elle s'éveilla; elle regarda autour d'elle avec surprise: la méchante Souris n'était pas près d'elle; elle avait disparu.
«Serais-je délivrée de cette méchante fée Détestable? dit Rosalie avec joie; suis-je chez quelque fée plus puissante qu'elle?»
Elle alla à la fenêtre; elle vit des hommes d'armes, des officiers parés de brillants uniformes. De plus en plus surprise, elle allait appeler un de ces hommes qu'elle croyait être autant de génies et d'enchanteurs, lorsqu'elle entendit marcher; elle se retourna et vit le prince Gracieux, qui, revêtu d'un élégant et riche costume de chasse, était devant elle, la regardant avec admiration. Rosalie reconnut immédiatement le prince de son rêve, et s'écria involontairement;
«Le prince Gracieux!
—Vous me connaissez, Madame? dit le prince étonné. Comment, si vous m'avez reconnu, ai-je pu, moi, oublier votre nom et vos traits?
—Je ne vous ai vu qu'en rêve, prince, répondit Rosalie en rougissant; quant à mon nom, vous ne pouvez le connaître, puisque moi-même je ne connais que depuis hier celui de mon père.
—Et quel est-il, Madame, ce nom qui vous a été caché si longtemps?»
Rosalie lui raconta alors tout ce qu'elle avait appris de son père; elle lui avoua naïvement sa coupable curiosité et les fatales conséquences qui s'en étaient suivies.