III

LE PRINCE GRACIEUX

Pendant que Rosalie dormait, le prince Gracieux faisait une chasse aux flambeaux dans la forêt; le cerf, vivement poursuivi par les chiens, vint se blottir effaré près du boisson où dormait Rosalie. La meute et les chasseurs s'élancèrent après le cerf; mais tout d'un coup les chiens cessèrent d'aboyer et se groupèrent silencieux autour de Rosalie. Le prince descendit de cheval pour remettre les chiens en chasse. Quelle ne fut pas sa surprise en apercevant une belle jeune fille qui dormait paisiblement dans cette forêt! Il regarda autour d'elle et ne vit personne; elle était seule, abandonnée. En l'examinant de plus près, il vit la trace des larmes qu'elle avait répandues et qui s'échappaient encore de ses yeux fermés. Rosalie était vêtue simplement, mais d'une étoffe de soie qui dénotait plus que de l'aisance; ses jolies mains blanches, ses ongles roses, ses beaux cheveux châtains, soigneusement relevés par un peigne d'or, sa chaussure élégante, un collier de perles fines, indiquaient un rang élevé.

Elle ne s'éveillait pas, malgré le piétinement des chevaux, des aboiements des chiens, le tumulte d'une nombreuse réunion d'hommes. Le prince, stupéfait, ne se lassait pas de regarder Rosalie; aucune des personnes de la cour ne la connaissait. Inquiet de ce sommeil obstiné, Gracieux lui prit doucement la main: Rosalie dormait toujours; le prince secoua légèrement cette main, mais sans pouvoir l'éveiller.

«Je ne puis, dit-il à ses officiers, abandonner ainsi cette malheureuse enfant, qui aura peut-être été égarée à dessein, victime de quelque odieuse méchanceté. Mais comment l'emporter endormie?

—Prince, lui dit son grand veneur Hubert, ne pourrions-nous faire un brancard de branchages et la porter ainsi dans quelque hôtellerie voisine, pendant que Votre Altesse continuera la chasse?

—Votre idée est bonne, Hubert; faites faire un brancard sur lequel nous la déposerons; mais ce n'est pas à une hôtellerie que vous la porterez, c'est dans mon propre palais. Cette jeune personne doit être de haute naissance, elle est belle comme en ange; je veux veiller moi-même à ce qu'elle reçoive les soins auxquels elle a droit.»

Hubert et les officiers eurent bientôt arrangé un brancard sur lequel le prince étendit son propre manteau; puis, s'approchant de Rosalie toujours endormie, il l'enleva doucement dans ses bras et la posa sur le manteau. A ce moment, Rosalie sembla rêver; elle sourit, et murmura à mi-voix: «Mon père, mon père!... sauvé à jamais!... la reine des fées,... le prince Gracieux,... je le vois,... qu'il est beau!»

Le prince, surpris d'entendre prononcer son nom, ne douta plus que Rosalie ne fut une princesse sous le joug de quelque enchantement. Il fit marcher bien doucement les porteurs du brancard, afin que le mouvement n'éveillât pas Rosalie; il se tint tout le temps à ses côtés.