La Souris tirait toujours Rosalie, dont les bras, enlacés autour de son père, résistaient à la force extraordinaire qu'employait son ennemie. Alors la Souris poussa un petit cri discordant, et subitement toute la maison fut en flammes. Rosalie eut assez de présence d'esprit pour réfléchir qu'en se laissant brûler elle perdait tout moyen de sauver son père, qui resterait éternellement sous le pouvoir de Détestable, tandis qu'en conservant sa propre vie, elle conservait aussi les chances de le sauver.

«Adieu, mon père! s'écria-t-elle; au revoir dans quinze jours! Votre Rosalie vous sauvera après vous avoir perdu.»

Et elle s'échappa pour ne pas être dévorée par les flammes.

Elle courut quelque temps, ne sachant où elle allait; elle marcha ainsi plusieurs heures; enfin, accablée de fatigue, demi-morte de faim, elle se hasarda à aborder une bonne femme qui était assise à sa porte.

«Madame, dit-elle, veuillez me donner asile; je meurs de faim et de fatigue; permettez-moi d'entrer et de passer la nuit chez vous.

—Comment une si belle fille se trouve-t-elle sur les grandes routes, et qu'est-ce que cette bête qui vous accompagne et qui a la mine d'un petit démon?»

Rosalie, se retournant, vit la Souris grise qui la regardait d'un air moqueur.

Elle voulut la chasser, mais la Souris refusait obstinément de s'en aller. La bonne femme, voyant cette lutte, hocha la tête et dit:

«Passez votre chemin, la belle: je ne loge pas chez moi le diable et ses protégés.»

Rosalie continua sa route en pleurant, et partout où elle se présenta, on refusa de la recevoir avec sa Souris qui ne la quittait pas. Elle entra dans une forêt où elle trouva heureusement un ruisseau pour étancher sa soif, des fruits et des noisettes en abondance; elle but, mangea, et s'assit près d'un arbre, pensant avec inquiétude à son père et à ce qu'elle deviendrait pendant quinze jours. Tout en réfléchissant, Rosalie, pour ne pas voir la maudite Souris grise, ferma les yeux; la fatigue et l'obscurité amenèrent le sommeil: elle s'endormit profondément.