En disant ces mots, Violette se jeta dans les bras d'Ourson, qui, ne craignant pas l'effet terrifiant de sa peau velue, l'embrassa mille fois et la rassura de son mieux.

Agnella ne douta pas que ce rêve ne fut un avertissement envoyé par la fée Drôlette; elle résolut de veiller avec soin sur Violette, et d'instruire Ourson de tout ce qu'elle pouvait lui révéler sans désobéir à la fée. Quand elle eut levé et habillé Violette, elle appela Ourson pour déjeuner. Passerose leur apportait une jatte de lait tout frais tiré, du bon pain bis et une motte de beurre. Violette sauta de joie quand elle vit ce bon déjeuner.

«Violette aimer beaucoup bon lait, dit-elle; aimer beaucoup bon pain, aimer beaucoup bon beurre. Violette bien contente; aimer tout avec bon Ourson et maman Ourson.

—Je ne m'appelle pas maman Ourson, dit Agnella en riant: appelle-moi maman.

—Oh! non, pas maman, reprit Violette en secouant tristement la tête: maman, c'est la maman là-bas qui est perdue. Maman, toujours dormir, jamais promener, jamais soigner Violette; jamais parler à Violette, jamais embrasser Violette; maman Ourson parler, marcher, embrasser pauvre Violette, habiller Violette.... Violette aimer maman Ourson, beaucoup, beaucoup», ajouta-t-elle en saisissant la main d'Agnella, la baisant et la pressant ensuite contre son coeur.

Agnella ne répondit qu'en l'embrassant tendrement.

Ourson était attendri; ses yeux devenaient humides: Violette s'en aperçut, lui passa les mains sur les yeux et lui dit d'un air suppliant:

«Ourson, pas pleurer, je t'en prie. Si Ourson pleure, Violette pleurer aussi.

—Non, non, chère petite Violette, je ne pleure pas; ne pleure pas non plus; mangeons notre déjeuner, et puis nous irons promener.»