—Mais non, maman, je n'ai jamais eu la pensée de les manger. Je veux garder ces jolies volailles pour qu'elles pondent et qu'elles couvent; je veux les laisser mourir de vieillesse. Pensez donc que c'est Blaise et moi qui les avons élevées, puis sauvées de la mort.
JULES
Que tu es bête! Tu crois que Blaise voulait les sauver? Il a dû être bien attrapé quand il a vu qu'au lieu de les manger pour son dîner il aurait encore à les soigner!»
Hélène ouvrit la bouche pour répondre vertement, mais elle se contint, et, jetant sur son frère un regard qui le fit rougir, elle se contenta de dire:
«Ne parle pas mal de Blaise devant moi, Jules; tu sais la bonne opinion que j'en ai et l'amitié que j'ai pour lui. Je la lui doit en compensation du tort que tu lui as fait, et je ne souffrirai pas qu'on le calomnie en ma présence, sans prendre sa défense et sans dire les choses comme je les sais.»
Jules resta muet devant le regard fixe et ferme de sa soeur. Il se borna à dire, en levant les épaules:
«Que tu es sotte!» et quitta la chambre.
Mme de Trénilly avait fini de commander au cuisinier le déjeuner et le dîner; elle ne fit pas attention à la fin de la discussion d'Hélène et de Jules, et reprit sa lecture interrompue.
Il ne fut plus question des poulets. Hélène les avait transportés chez Mme Anfry, de peur que Jules n'eût la fantaisie de les attraper et de les faire manger. A l'automne, les poulets étaient devenus des poules qui se mirent à pondre; au printemps elles couvèrent leurs oeufs et eurent à leur tour des poulets à conduire. Hélène finit par en faire cadeau à Mme Anfry, qui y trouva un grand avantage, et qui, de temps à autre, faisait manger à Hélène un des poulets de ses poules. Ils étaient toujours tendres et gras, et chacun en appréciait la qualité.