LE RETOUR DE JULES
A l'approche de l'hiver, M. de Trénilly était parti pour Paris avec toute sa maison. Anfry, sa femme et Blaise furent enchantés de se retrouver seuls; l'hiver se passa plus agréablement pour Blaise, dont chacun commençait à reconnaître la piété, la bonté et l'honnêteté. Blaise aurait pu profiter de ce retour de bienveillance pour faire des parties de jeu et de promenade avec ses camarades d'école; mais il préférait travailler à la maison avec son père et sa mère. Ils causaient souvent de leurs anciens maîtres, mais jamais ils ne faisaient mention des nouveaux, car ils n'avaient pas de bien à en dire, et Blaise avait demandé à ses parents de n'en pas parler plutôt que d'en dire du mal.
«Si j'en parlais ou si je vous en entendais parler, papa, je ne pourrais peut-être pas m'empêcher de leur en vouloir de leur injustice, surtout à M. Jules, et je me sentirais de la colère, de la haine peut-être. Et comment pourrais-je faire ma première communion et recevoir Notre-Seigneur, si je ne pardonne de bon coeur à ceux qui m'ont fait du mal? Notre-Seigneur a bien pardonné à ses bourreaux; il a même prié pour eux. Je veux tâcher de faire comme lui.
—C'est bien, ce que tu dis là, mon Blaisot, lui dit son père en l'embrassant. Tu es plus sage que moi et ta mère... C'est qu'il ne nous est pas facile de pardonner à ceux qui ont fait du mal à notre enfant, qui l'ont fait passer pour un voleur, un méchant, un...
—Papa, papa, je vous en prie, dit Blaise d'un air suppliant, ne parlez que de Mlle Hélène, qui a été si bonne pour moi.
—Ah oui! celle-là est une bonne demoiselle! on ne risque rien d'en parler; pas de danger de dire une méchanceté.»
«Une lettre», dit le facteur en entrant un matin. Et il en remit une à Anfry, qui l'ouvrit et lut ce qui suit:
«Tenez le château prêt pour nous recevoir, Anfry; j'arrive avec mon fils lundi prochain. Soignez particulièrement la chambre de Jules, qui est souffrant depuis une chute de cheval. Je vous salue.
«Comte de TRÉNILLY.»
«Lundi prochain, c'est dans quatre jours, dit Anfry. Je n'ai guère de temps pour tout préparer. Il faut nous y mettre tous dès aujourd'hui.