«En vérité, papa, je ne sais pas pourquoi vous croyez que je mens, et pourquoi vous ajoutez foi aux impertinentes paroles de Blaise et pas aux miennes; je suis votre fils pourtant, et lui n'est qu'un fils de portier, un paysan.

—C'est vrai, Jules, mais il y a dans ses yeux, dans sa voix, dans tout son air quelque chose que je ne puis m'expliquer, mais qui me donne une estime, une confiance qui augmentent à chaque démêlé que j'ai avec lui. Et c'est pourquoi, mon Jules, je te demande encore avec instance un seul mot. Blaise a-t-il quelque chose à nous pardonner à toi et à moi? Je ne t'en demanderai pas davantage, je te le promets; est-ce oui ou non?

—... Oui», répondit enfin Jules en baissant la tête et les yeux.

Quand Jules releva la tête, son père était parti. Inquiet, effrayé, il alla le chercher dans sa chambre; il n'y trouva personne. Il sonna un domestique.

«Où est papa? dit-il; est-il sorti?

—Oui, Monsieur Jules; M. le comte vient de sortir; il a descendu l'avenue du côté d'Anfry.»

L'inquiétude de Jules augmenta. Qu'est-ce qu'il était allé faire chez Anfry? Il aura voulu sans doute questionner Blaise.

«Ce vilain Blaise lui aura raconté tout ce qui s'est passé, se dit Jules, et papa va être furieux contre moi. Il est impossible que Blaise ne lui raconte pas tout; j'ai été un peu méchant pour lui, et il sera enchanté de se venger... Et papa qui croit tout ce qu'il dit, je ne sais pas pourquoi,... c'est-à-dire je sais bien pourquoi... Il est vrai qu'on ne peut pas ne pas le croire quand il parle, il a un air si honnête,... et véritablement il est bon,... le pauvre garçon! Comme je l'ai traité hier!... Et c'est lui qui vient me dire qu'il a été orgueilleux et sot, et qui a l'air de me demander pardon... Pauvre Blaise!»

Pendant que Jules faisait ces réflexions, M. de Trénilly marchait à pas précipités vers la maison d'Anfry. Il y trouva Blaise, les yeux rouges, l'air triste, qui était en train de raconter à son père la cause de son nouveau chagrin. M. de Trénilly marcha droit vers Blaise, à la grande frayeur de ce dernier, qui recula de quelques pas pour éviter le contact du comte. Il fut très surpris quand il vit le comte lui saisir la main, la presser fortement, et lui dire d'une voix émue:

«Jules et moi, nous avons eu tort, Blaise; j'accepte ton pardon et je t'en remercie; tu es un brave et honnête garçon, je te l'ai dit ce matin; je t'estime et je te crois. Reviens au château sans crainte, quand tu voudras et partout où tu voudras. Adieu, Blaise, au revoir, et bientôt, j'espère. Bonsoir, Anfry; je vous félicite d'avoir un fils pareil.