—Merci, Monsieur le comte; c'est bien de l'honneur que vous nous faites.»
Le comte tenait encore la main de Blaise; le pauvre garçon, tremblant et ému, se permit de presser à son tour la main qui pressait la sienne. Quand il sentit que le comte lui rendait cette pression, il saisit la main du comte et la couvrit de baisers et de larmes. Le comte, ému lui-même, se dégagea après une dernière étreinte, et sortit sans ajouter une parole, mais en saluant d'un air amical. Quand il fut parti, Anfry s'écria:
«Eh bien, il a du bon, tout de même! C'est beau d'être venu lui-même et tout de suite reconnaître ses torts. C'est le bon Dieu qui récompense ta patience et ton humilité, mon Blaisot.
—Le bon Dieu est trop bon pour moi. C'est étonnant le plaisir que m'a fait la visite de M. le comte et tout ce qu'il m'a dit; et la main qu'il me serrait à la briser, et son air tout autre. Lui qui a l'air si sévère, il avait l'air doux et attendri!... Mais c'est donc M. Jules qui lui aura dit quelque chose? C'est bien de sa part!»
Le pauvre Blaise dormit bien cette nuit; son coeur était plein de reconnaissance pour le bon Dieu, pour le comte, pour Jules. Il ne se souvenait plus des sévérités du comte, des méchancetés et des calomnies de Jules; il ne pensait qu'aux bonnes paroles qu'il avait reçues, et qu'il attribuait à un aveu complet de Jules. Il se réveilla donc le lendemain gai et heureux; sa tristesse était remplacée par un sourire radieux: son père et sa mère, heureux de cette transformation, l'embrassèrent avec tendresse; le père lui demanda s'il irait au château.
«Oui, papa, dès que j'aurai déjeuné; il me tarde de revoir M. le comte et de remercier M. Jules de sa franchise.»
XIII
LE REMORDS
Blaise se dirigea vers le château quand il crut Jules levé, habillé et prêt à le recevoir. En entrant dans le vestibule et en montant l'escalier, il fut surpris de ne pas voir de domestiques; c'était pourtant l'heure où ils étaient tous occupés à faire les appartements. En approchant de la chambre de Jules, il entendit un mouvement extraordinaire et un bruit confus de voix qui s'entr'appelaient. Il poussa la porte, entra et vit M. de Trénilly assis près du lit de Jules, qui paraissait en proie à une fièvre violente, et qui parlait avec une vivacité tenant du délire.
«Je ne veux pas que Blaise vienne, criait-il; non,... il dirait tout. Chassez Hélène; Blaise lui a tout raconté. Ne dites rien à papa... Je vous ferai tous chasser... Ce pauvre Blaise, il est bon pourtant... Je suis sûr qu'il m'a pardonné,... il l'a dit... Je ne veux pas le voir, j'ai honte; il sait que j'ai menti, menti, menti.»