Vos sentiments paternels vous ont toujours porté à gâter vos enfants, surtout Jules, que vous avez rendu odieux.

LE COMTE

En ceci vous avez raison, Julie; je l'avais rendu méchant et odieux; Blaise l'a rendu bon et aimable.

LA COMTESSE

En vérité! mais la maladie de Jules vous a fait perdre la raison; ne me débitez donc pas de semblables sornettes.

—Mon Dieu, vous me punissez! je l'ai mérité!» dit le comte avec un geste de désolation en quittant la chambre.

La comtesse sonna sa femme de chambre, s'habilla, commanda qu'on servît le dîner et entra au salon avec l'air froid et calme qui lui était habituel.

Le dîner fut silencieux et grave; l'air triste du comte troubla et inquiéta les enfants. Le repas fini, Jules demanda à son père l'exécution de sa promesse. Le comte l'embrassa et sortit après lui avoir dit à l'oreille:

«Sois prudent, mon Jules; ménage ta mère.»

Peu de minutes après, les portes s'ouvrirent, et tous les gens de la maison entrèrent à la suite du comte, qui avait Blaise à ses côtés. La comtesse et Hélène n'étaient pas revenues de leur étonnement, lorsque Jules, pâle et ému, s'approcha de Blaise, le prit par la main, l'amena au milieu du salon et dit d'une voix haute, mais tremblante d'émotion: