«Monsieur le comte, cher Monsieur le comte, secourez-moi, sauvez-moi!
LE COMTE
Rassure-toi, mon enfant: c'est ma femme qui, après la lecture de ta lettre, t'envoie elle-même ses enfants.
BLAISE
Est-il possible!... Quel bonheur!... Mon Dieu, quel bonheur!... Mon Dieu, je vous remercie!»
Hélène avait rejoint Jules, qui ne se lassait pas d'embrasser Blaise; tous deux lui racontèrent, lui expliquèrent le changement survenu dans le sentiment de la comtesse. Blaise était aussi heureux que le comte et ses enfants. Le bonheur l'empêchait de sentir la douleur de son pied et l'agitation de la fièvre. Le comte dut user d'autorité pour emmener Hélène et Jules; il craignit que la fièvre n'augmentât par l'émotion que lui donnait la présence de ses amis; il promit à Blaise de les ramener dans l'après-midi, et lui recommanda, en le quittant, de rester bien tranquille. En effet, Blaise, radieux, n'oublia pas de remercier longuement le bon Dieu du bonheur qu'il lui envoyait, et, tout en priant, il s'endormit. Son sommeil dura deux heures; à son réveil, la fièvre avait disparu; le cataplasme Valdajou avait enlevé presque entièrement la douleur de son pied: il se livra donc sans réserve à la joie qui inondait son coeur.
Peu de temps après son réveil, un domestique vint apporter à Blaise la lettre suivante, en demandant la réponse:
«Ton dernier ennemi est vaincu, mon cher Blaise: la noblesse de tes procédés, la vertu que tu as déployée dans les événements récents, que j'ai provoqués et que je regrette, ont entièrement changé l'opinion que je m'étais formée de toi. Au lieu de te qualifier d'intrigant, de méchant, de voleur et de menteur, je te vois tel que tu es, pieux, bon, patient, généreux, désintéressé et dévoué. Tu as déjà reçu les excuses de mon mari et de mon fils; reçois encore les miennes, et pardonne-moi la peine que je t'ai causée et que je me reproche vivement. Ecris-moi si ma visite te ferait plaisir; je serais peinée d'ajouter une contrariété à toutes celles que je t'ai causées. Je t'embrasse, mon pauvre enfant, et je te bénis des soins que tu as donnés à Jules pendant sa maladie, soins que j'ai eu l'aveuglement de croire intéressés. Prie Dieu pour moi afin qu'il me rende semblable à mon mari, à mes enfants et à toi-même.
«Comtesse DE TRÉNILLY.»
Blaise, attendri du contenu de cette lettre, qui avait dû beaucoup coûter à l'orgueil de la comtesse, porta ses lèvres sur la signature, demanda à son père une plume et du papier, et fit la réponse suivante: