C'est Blaise qui t'a fait ce conte; Jules m'a dit au contraire que Blaise avait jeté les poulets dans la mare.
HÉLÈNE
C'est impossible, papa. Blaise a soigné mes poulets depuis qu'ils sont éclos; il leur avait préparé un poulailler dans une des vieilles niches à chien, et il me les apportait pour que nous les y missions.
M. DE TRÉNILLY
Ce qui est certain, pourtant, c'est que Jules n'a pas les poulets.
HÉLÈNE
Blaise et moi, nous les cherchons partout. Mon Dieu, mon Dieu, est-ce que Jules a été assez méchant pour les jeter à la mare?
La pauvre Hélène, sans attendre la réponse de son père, courut du côté de la mare, appelant Blaise de toutes ses forces; en approchant de la mare, elle le vit tâchant, avec une longue perche, d'attirer à lui quelque chose qu'elle ne pouvait encore distinguer; aussitôt qu'il aperçut Hélène, il lui cria:
«Venez vite, Mademoiselle; venez m'aider à faire revivre les pauvres poulets que je viens de trouver dans la mare. J'en ai retiré trois; je cherche à atteindre le quatrième. Le voici, je crois... Non, il a encore coulé sous ma perche... Tenez, le voilà! Je l'ai, pour cette fois.» Et, se baissant, il saisit le quatrième Crève-Coeur, qu'il avait rapproché du bord avec sa perche.
Hélène pleurait près de ses pauvres poulets, couchés à terre sans mouvement, le bec ouvert, les ailes étendues, les yeux entr'ouverts. Blaise les porta sur l'herbe, les sécha le mieux qu'il put, avec de la mousse, avec son mouchoir et celui d'Hélène; mais il eut beau les frotter, les rouler sur le sable chaud, les poulets restèrent sans vie. Voyant tous leurs efforts inutiles, Hélène et Blaise se relevèrent.