«Que ferons-nous de ces pauvres petites bêtes? dit Blaise. Des poulets si jeunes, ce n'est pas bon à manger; d'ailleurs, ça fait mal au coeur de manger des bêtes qu'on a soignées.

—Il faut les enterrer, dit tristement Hélène; ne les laissons pas ici; les chats les dévoreraient.

—Ecoutez, Mademoiselle, essayons encore une chose; j'ai entendu dire à un médecin qu'on faisait revenir des noyés en les couvrant de cendre tiède; il y a un grand tonneau dans la buanderie, ici tout près: plongeons-les dedans jusqu'à demain; en tout cas, cela ne leur fera pas de mal, et peut-être... qui sait,... la cendre tiède, en les réchauffant, les ranimera-t-elle.

—Essayons, dit Hélène; il sera toujours temps de les enterrer demain.»

Hélène et Blaise prirent chacun deux poulets; ils les portèrent à la buanderie, où ils trouvèrent effectivement un tonneau de cendre; on venait d'en remettre de toute chaude. Blaise creusa quatre trous, Hélène y mit les poulets, Blaise les recouvrit de cendre jusqu'à la tête, ne laissant passer que le bec et les yeux. Ils fermèrent ensuite la buanderie et s'en allèrent chacun chez eux, Hélène fort triste de la mort de ses jolis Crève-Coeur, et Blaise fort triste du chagrin d'Hélène, tous deux peinés de la méchanceté de Jules. Quand Hélène revint dans sa chambre, elle y trouva Jules qui l'attendait avec un peu d'inquiétude, pour savoir ce qu'avait dit son père.

«Tu m'as encore fait une vraie peine, Jules, lui dit-elle, et tu as encore fait une méchanceté au pauvre Blaise.

—Moi, une méchanceté? répondit Jules d'un air innocent; qu'ai-je donc fait, Hélène? tu m'accuses toujours sans savoir comment les choses se sont passées.

HÉLÈNE

Je sais très bien que tu as noyé mes pauvres poulets, que tu les as arrachés à Blaise après lui avoir jeté du sable dans les yeux, et que tu as conté des mensonges à papa.

JULES