Le calme continua et donna à Marianne le temps de ranger la chambre, de laver ce qui était sale, de tout essuyer, nettoyer. La cousine Mac'Miche dormait toujours.
«C'est une crise favorable, pensa Marianne; en s'éveillant, elle aura repris toute sa connaissance.»
Charles avait conduit Juliette à la messe; puis, au lieu de se promener, ils étaient rentrés chez eux pour faire le ménage.
«Marianne pourra se reposer bien à son aise quand elle reviendra, car elle n'aura plus rien à faire», dit Juliette.
Charles fut surpris de voir la part que prenait Juliette à ce travail qui semblait impossible pour une aveugle. Pendant que Charles balayait, elle lavait et essuyait la vaisselle, la replaçait dans le dressoir, nettoyait le fourneau. Ils allèrent ensuite faire les lits, balayer et essuyer partout. Ils reçurent la literie et les effets qu'avait achetés Marianne, et ils mirent tout en place; Charles essaya de suite ses vêtements neufs: ils lui allaient à merveille et lui causèrent une joie que partagea Juliette. Quand tout fut terminé, Juliette prit son tricot, Charles prit un livre et lut tout haut: c'était un livre instructif et amusant, intitulé Instructions familières ou Lectures du soir.
Charles, après avoir lu quelque temps:—Quel bon et intéressant livre! Je suis content de le lire. Et quelles histoires amusantes on y raconte! Tout le monde devrait avoir ce livre-là! Quand j'aurai de l'argent, je l'achèterai, bien sûr. Est-ce qu'il coûte cher?
Juliette:—Mais oui! Cher pour nous qui ne sommes pas riches. Les deux volumes, qui sont très gros, il est vrai, coûtent cinq francs.
Charles:—Quel dommage! C'est trop cher! Je n'ai pas le sou.
Juliette:—Mais quand tu auras ta fortune, tu pourras l'acheter.
Charles:—Dis-moi, Juliette, comment la cousine Mac'Miche a-t-elle fait pour être si riche?