Juliette:—Je ne sais pas; elle aura toujours amassé en se privant de tout.

Charles:—Mais à quoi lui servait son argent puisqu'elle se privait de tout?

Juliette:—A rien du tout; il ne lui a jamais procuré la moindre douceur.

Charles:—Comme c'est drôle, de se faire riche pour vivre comme si l'on était pauvre! Dis donc, Juliette, si elle meurt, que fera-t-on de son argent?

Juliette:—Je ne sais pas du tout; j'espère qu'on le donnera aux pauvres.

Charles:—Ce sera bien fait, car je ne l'ai jamais vue donner un sou à un pauvre.»

L'heure du déjeuner approchait, Charles tint conseil avec Juliette, et ils décidèrent qu'on mangerait une omelette à la graisse, et une salade à la grosse crème. Charles alla acheter ce qu'il fallait, ralluma le feu, et, aidé de Juliette qui cassa et battit les oeufs, il fit une omelette très passable pendant que Juliette assaisonnait et retournait la salade que Charles avait cueillie toute fraîche dans le jardin, et qu'il avait lavée et apprêtée. Marianne rentra exactement pour dîner.

«La cousine Mac'Miche ne va pas bien, dit-elle en entrant; elle n'a pas bougé depuis que je suis entrée, voici bientôt cinq heures; Betty dort toujours, je n'ai pas voulu la déranger, mais j'ai secoué et réveillé Donald pour lui faire prendre ma place près de la cousine, avec ordre de venir me chercher aussitôt qu'elle serait éveillée.

—Tu as très bien fait; et nous n'avons pas perdu notre temps, Charles et moi. Regarde, Marianne, si le ménage est bien fait, si tout est en ordre.

—Bien! très bien! dit Marianne en regardant de tous côtés. C'est Charles qui a fait tout cela?