Charles:—Avec Juliette qui m'a aidé et qui me disait ce qu'il fallait faire.»
Charles entendit avec grand plaisir les éloges de Marianne et le rapport très favorable de Juliette. Il proposa à Marianne de la remplacer pour une heure ou deux près de la cousine, d'autant plus que Donald et Betty viendraient dîner pendant qu'il serait là-bas. Marianne y consentit, et Charles, qui s'était un peu dépêché pour dîner, partit, laissant ses cousines encore à table.
Quand il entra chez Mme Mac'Miche, il se crut dans le château de la Belle au bois dormant. Betty dormait, Donald s'était rendormi, la malade dormait si profondément qu'aucun bruit ne put la réveiller.
«Il faut pourtant lui faire prendre de la tisane ou quelque chose, n'importe quoi; elle dort la bouche entr'ouverte; elle doit avoir la gorge desséchée.»
Charles remua une chaise, poussa un fauteuil, recula la table, fit tomber un livre; elle dormait toujours. Surpris de ce long et si profond sommeil, il s'approcha d'elle, lui prit la main, et la rejeta vivement en poussant un léger cri: cette main était glacée. Il écouta sa respiration, et il n'entendit rien; inquiet et alarmé, il appela Donald; mais Donald ne l'entendait pas et dormait toujours. Le pauvre Charles, de plus en plus effrayé, courut chez le curé pour lui communiquer ses craintes, et lui demander de venir donner à sa cousine une dernière absolution et bénédiction s'il en était temps encore. Le curé se hâta d'accompagner Charles jusqu'auprès du lit de la... morte (car elle était réellement morte), l'examina quelques instants, s'agenouilla et dit à Charles:
«Mon enfant, prie pour le repos de l'âme de ta malheureuse cousine: elle n'est plus!»
Charles pria près du curé et avec lui, et réfléchit avec chagrin à l'existence égoïste et à la mort déplorable de cette malheureuse femme que l'amour de l'or avait tuée. «Si jamais, pensa-t-il, le bon Dieu m'envoie une fortune semblable à la sienne, je tâcherai de l'employer plus charitablement et d'en faire profiter les autres.»
Le curé envoya Charles éveiller Betty et prévenir Marianne; il se chargea de terminer le trop long sommeil de Donald par quelques secousses vigoureuses, et alla lui même avertir le juge de paix, afin qu'il prit les mesures légales nécessaires.
Le juge alla avec le curé et avec M. Blackday, pour voir les papiers et mettre les scellés sur la caisse. Ils commencèrent par visiter les tiroirs et les armoires, dans l'espérance d'y trouver un testament; mais ils n'en trouvèrent pas, et ils ouvrirent la caisse qui contenait le trésor. Ils constatèrent la possession de deux cent et quelques mille francs, et ils trouvèrent un papier écrit de la main de Mme Mac'Miche. Le juge l'ouvrit et lut ce qui suit:
«Pour obéir au voeu exprimé par mon cousin Mac'Lance, je laisse à son fils Charles Mac'Lance tout ce que je possède, à la condition que je serai tutrice de l'enfant après la mort de son père, que j'aurai entre les mains la somme de cinquante mille francs à lui appartenant, et que le revenu de cet argent sera dépensé par moi comme je le jugerai à propos, pour son éducation et ses besoins personnels, jusqu'à sa majorité.