Juliette:—Eh bien, mon ami, je te dirai bien en confidence que c'est Marianne qui m'a demandé, sachant la confiance que tu as en mes conseils, de t'engager à marier et à ne pas trop attendre, parce que. ..Oh! Charles, je n'ose pas te le dire; tu seras fâché.
Charles:—Moi, fâché contre toi, Juliette? M'as-tu jamais vu fâché contre toi? Crois-tu que je puisse me fâcher contre toi? Parle sans crainte, chère Juliette; ne me cache rien, ne me dissimule rien.
Juliette:—C'est que Marianne voudrait se marier.
Charles, très surpris:—Marianne? Se marier? A trente-deux ans? Ah! ah! ah! Ce n'est pas possible. Mais avec qui donc?
Juliette:—Avec le juge de paix. Il ya longtemps qu'il la demande et qu'elle voudrait devenir sa femme. Tu as bien vu comme il vient souvent ici depuis trois ou quatre ans! Il paraît qu'il la presse beaucoup de se décider, et qu'elle lui a promis de l'épouser dès que tu serais marié, parce qu'il n'est pas convenable, dit-elle, que je reste avec toi sans elle, et que je ne veux pas te quitter pour aller demeurer chez Marianne avec la fille du juge.
Charles:—Et si je me mariais, tu resterais avec moi, Juliette?»
Juliette garda le silence. Charles lui prit la main.
«Resterais-tu, Juliette? répéta-t-il affectueusement.
—Non, dit-elle avec effort.
Charles, avec agitation:—Et tu ferais bien, car ce serait trop dur pour toi; ce serait impossible! Et c'est toi, bonne et douce Juliette, qui serais sacrifiée! Que Marianne se marie si elle veut, qu'elle fasse cette folie, moi je ne me marierai pas et je ne te quitterai pas. Je vivrai près de toi et je mourrai près de toi et avec toi, te bénissant et t'aimant jusqu'au dernier jour de ma vie. Et je ne serai jamais ingrat envers toi, Juliette; je ne t'abandonnerai jamais; et je mettrai tout mon bonheur à te soigner, à te promener, à te rendre la vie aussi douce que possible; comme je le faisais au temps de mon enfance, et comme je le fais avec bien plus de bonheur depuis que je suis homme et que je comprends mieux tout ce que je te dois.