Monsieur Turnip:—Qu'est-ce que tu dis donc? Tu oublies le bien qu'on en dit de tous côtés.
Lucy:—Je ne dis pas non; il peut être admirable de vertus et de qualités, mais je ne voudrais jamais accepter un mari pareil.
Monsieur Turnip:—Ah bien! tu es joliment difficile! Qu'as-tu à lui reprocher?
Lucy:—Cette petite aveugle qu'il promène, qu'il soigne, de laquelle il est constamment préoccupé, et qu'il voudra continuer à mener comme un vrai chien d'aveugle.
Monsieur Turnip:—Mais c'est très bien, ça; c'est elle qui l'a élevé; il est reconnaissant, ce garçon! Je n'y vois pas de mal, au contraire.
Lucy:—D'abord, elle ne peut pas l'avoir élevé, car elle a l'air beaucoup plus jeune que lui qui a vingt-trois ans; avec ça qu'elle est fort jolie et qu'elle est toujours occupée de lui.
Monsieur Turnip:—Occupée de lui! Je le crois bien; cette pauvre petite qui est aveugle: il faut qu'elle appelle sitôt qu'elle a besoin de quelque chose. Serais-tu jalouse d'une aveugle, par hasard?
Lucy, avec humeur:—D'abord, je ne suis pas jalouse, parce que cela m'est bien égal; mais si je voulais encourager le désir que vous m'avez exprimé de la part de Mlle Marianne et de M. Charles, j'exigerais avant. tout qu'on fît partir cette petite et qu'on ne la laissât jamais rentrer dans la maison. A cette condition, je consentirais à faire connaissance plus intime avec M. Charles, et peut-être l'accepterais-je pour mari.
Monsieur Turnip: Et tu feras bien! Tu as déjà vingt-six ans, sans qu'il y paraisse. Grande majorité, Lucy, grande majorité!
Lucy, fâchée:—Il est inutile de le crier sur les toits, mon père; vous parlez tout haut comme si nous habitions un désert.