Juliette, riant:—Et qui aurait pu deviner que ce petit diable deviendrait le plus sage, le plus excellent, le plus dévoué des hommes; qu'il saurait dominer l'impétuosité de son caractère pour se faire l'esclave de la pauvre aveugle, et qu'il lui donnerait le bonheur auquel elle ne pouvait prétendre, celui d'être aimée pour elle-même, et d'unir sa vie à celui qu'elle aime par dessus tout, après Dieu.»
Ils causèrent longtemps encore; et quand Marianne rentra, elle les trouva comme elle les avait quittés, causant gaiement... de leur avenir qu'elle ignorait. Ils étaient convenus de ne rien dire à Marianne; tous deux étaient libres de leurs actions; Juliette avait déjà souffert du refroidissement de sa soeur à son égard, depuis qu'elle avait refusé de la suivre chez le juge: elle avait ainsi retardé ce mariage que Marianne désirait vivement; elle craignait que sa soeur ne fît naître des difficultés pour le sien, qu'elle ne blâmât Charles d'épouser une aveugle, une femme plus âgée que lui. Charles partageait les défiances de Juliette, et ils résolurent de ne faire connaître leur mariage que lorsque celui de Marianne serait accompli. Ils ne lui parlèrent donc pas de ce qu'ils venaient de décider.
Marianne:—Pourquoi te couches-tu si tard, Juliette? Il va être dix heures! C'est ridicule!
Charles:—En quoi, ridicule? Nous ne gênons personne. Vous n'étiez pas encore rentrée, et Betty et Donald sont couchés depuis longtemps.»
Marianne les regarda avec indignation et se retira chez elle.
Juliette, se levant:—Marianne a raison; il est tard. Je dois aussi me coucher, Charles. Ramène-moi dans ma chambre; Marianne m'a oubliée. A demain, mon ami.
Charles:—Il n'y a pas de danger que je t'oublie, moi, ma Juliette. A demain. Te voici chez toi.»
Charles la quitta; ni lui ni Juliette n'oublièrent, avant de se coucher, de rendre grâces à Dieu de l'avenir si plein de calme et de bonheur qu'il leur avait enfin assuré.