Le lendemain, Marianne reçut de bonne heure, pendant que Charles et Juliette étaient à la messe, la visite du juge accompagné de M. Turnip. La visite fut longue, la conversation animée. Ils se séparèrent gaiement; mais, après le départ du juge et de M. Turnip, Marianne resta soucieuse et pensive. Quand Charles et Juliette rentrèrent, ils la trouvèrent le coude appuyé sur la table devant laquelle elle était assise, et la main soutenant son front brûlant. Ils lui dirent bonjour en l'embrassant.
«Charles, dit-elle avec embarras, j'ai à te parler sérieusement, ainsi qu'à toi, Juliette. Je viens de voir M. Turnip.»
Charles fit un mouvement d'impatience.
«Écoute-moi, je te le demande instamment. Il m'a dit que tu avais produit l'impression la plus favorable sur sa fille et sur lui-même; seulement, Lucy a une très grande vivacité de sentiment, et, par conséquent, elle serait disposée à la jalousie.
—Ah! ah! dit Charles en souriant.
—Elle craindrait que..., que Juliette... ne te prît trop de temps. . Que ces habitudes... de soins, d'affection... ne..., je ne sais comment t'expliquer...
Charles:—Ne cherchez pas, ma bonne Marianne; je vais finir votre phrase. Ne la fissent enrager, et alors elle demande que je chasse Juliette, et que je rompe ainsi mes vieilles relations d'amitié.
Marianne, indignée:—Comme tu dis ça, Charles! Brutalement, grossièrement!
Charles:—N'est-ce pas comme je vous le dis? Ne vous a-t-on pas parlé de me séparer de Juliette?
Marianne:—Séparer, oui; mais pas chasser, comme tu le dis.