Mme Mac'Miche était vexée; Charles triomphait: ses bons sentiments s'étaient déjà évanouis, et il forma l'horrible résolution d'agacer sa cousine pour la mettre hors d'elle, se faire battre encore, et, au moyen de Betty, aposter des témoins qui iraient porter plainte au juge.
«Je n'en serai pas plus malade, pensa-t-il, grâce aux visières de mon cousin défunt, et elle sera appelée devant le tribunal, qui la jugera et la condamnera. Si on pouvait la condamner à être fouettée à son tour, que je serais content, que je serais donc content!... Et Juliette! Que me dira-t-elle, que pensera-t-elle?... Ah bah! j'ai promis à Juliette de ne pas être insolent avec ma cousine, de ne pas lui résister, mais je n'ai pas promis de ne pas chercher à la corriger; puisque ma cousine trouve que me maltraiter c'est me corriger et me rendre meilleur, elle doit penser de même pour elle, qui est cent fois plus méchante que je ne le suis.»
V
DOCILITÉ MERVEILLEUSE DE CHARLES. LES VISIÈRES
Charles très content de son nouveau projet, sortit sans que sa cousine osât le rappeler en présence du juge; il descendit à la cuisine, fit part à Betty de ce qu'avait dit le juge de paix et de l'idée que lui-même avait conçue.
Betty-:—Non, Charlot, pas encore; attendons. Puisque les visières te garantiront des coups de ta cousine, tu ne pourras pas prouver que tu en portes les marques. Ils enverront un médecin pour t'examiner, et ce médecin ne trouvera rien; tu passeras pour un menteur, et ce sera encore elle qui triomphera. Attendons; je trouverai bien quelque chose pour te garantir quand les visières seront usées.»
Charles comprit la justesse du raisonnement de Betty, mais il ne renonça pas pour cela à la douce espérance de mettre sa cousine en colère sans en souffrir lui-même.
«Seulement, pensa-t-il, j'attendrai à demain, quand ma culotte sera doublée.»
Il alla, suivant son habitude, chez Juliette, qui l'accueillit comme toujours avec un doux et aimable sourire.
Juliette:—Eh bien, Charles, quelles nouvelles apportes-tu?