Betty:—Mon Dieu! mon Dieu! nous sommes perdus! A l'avenir, quand elle voudra te battre, elle t'arrachera ta pauvre culotte, qui ne tient déjà à rien. Que faire? Comment l'empêcher?

Charles:—Écoute, Betty, ne t'afflige pas; j'ai une bonne idée qui me vient! Tu sais comme ma cousine est crédule, comme elle croit aux fées, aux apparitions, à toutes sortes de choses du genre terrible et merveilleux?

Betty:—Oui, je le sais; mais que veux-tu faire de ça? Nous ne pouvons recommencer la scène de l'autre jour.

Charles:—Non, pas tout à fait; mais voilà mon idée: nous allons découper deux têtes de diables dans du papier noir; nous ferons des cornes et une grande langue rouge; nous aurons de la colle, et tu colleras ces têtes sur ma peau à la place que couvraient les visières de mon cousin Mac'Miche; quand ma cousine voudra me battre, je la laisserai m'arracher ma culotte, et tu juges de sa frayeur quand elle verra ces deux têtes de diables qui auront l'air de la regarder.»

Betty, enchantée de l'invention, se mit à rire aux éclats; elle ne tarda pas à entendre te pas lourd de Mme Mac'Miche, qui, inquiète d'entendre rire si franchement, descendait sans bruit, croyait-elle, pour surprendre Betty en faute.

«La voilà mon Dieu! la voilà! dit tout bas Betty.

Charles:—Tant mieux! je vais préparer les diables.»

Avant que Betty eût eu le temps de demander à Charles des explications. Mme Mac'Miche entra.

«De quoi riez-vous? Pourquoi Charles est-il ici? Est-ce une méchanceté que prépare ce petit scélérat?

Oh non! ma cousine! soyez tranquille. Je riais parce que le juge de paix m'a dit: «Tu es un vrai diable! Je parie que tu en portes les marques.» Et moi j'ai répondu: «Ce ne serait pas, étonnant, car les fées m'ont promis tout à l'heure de me protéger». Et le juge a eu si peur qu'il m'a mis à la porte, criant que j'attirais les fées dans sa maison. Et Betty me disait que si j'étais réellement protégé par les fées, tous ceux qui me toucheraient leur appartiendraient.