Mme Mac'Miche resta pétrifiée; la baguette qu'elle tenait s'échappa de ses mains tremblantes; elle s'écria, en joignant les mains d'un geste de désespoir: «Il le sait!... Il va le dire au juge de paix, qui a déjà entendu parler de ces cinquante mille francs... Mais il n'a aucune preuve... Et ce Charles de malédiction!... comment l'a-t-il su? qui a pu le lui apprendre?... Personne ne doit le savoir; je l'avais fait si secrètement, et mon cousin était déjà si malade, qu'il n'a pu le dire à personne. Il ne voyait que Marianne, et bien rarement encore,... et toujours en ma présence. Et le reçu! il l'a brûlé, il me l'a dit. Est-ce que Charles se serait emparé de ma clef? Aurait-il fouillé dans mes papiers?... Si je savais!... je l'enfermerais dans une cave dont j'aurais seule la clef!... personne que moi ne lui porterait sa nourriture!... et il y mourrait!... Il faut que je voie; il faut que je m'en assure.»
Mme Mac'Miche tira d'une poche placée sur son estomac une clef qui ouvrait une caisse masquée par une vieille armoire et scellée dans le mur; avec cette clef, d'une forme étrange et particulière, elle ouvrit la caisse, en tira une cassette dont la clef se trouvait dans un coin à part sous des papiers, ouvrit la cassette et trouva tout en ordre. Elle compta ce qu'elle avait de revenus, de capitaux.
«J'avais cent vingt mille francs, dit-elle; j'en ai deux cent mille à présent; plus, les cinquante mille francs de ce Charles, dont il n'aura jamais un sou, car personne n'a de preuve écrite de ce placement de son père; et l'argent a été depuis replacé en mon nom!... Voici encore les économies de l'année... en or, en belles pièces de vingt francs.»
Elle compta.
«Onze mille trois cent cinquante francs... J'ai donc dépensé dans l'année mille cent cinquante francs. C'est beaucoup! beaucoup trop! C'est Charles qui me coute cher! Sans lui, je n'aurais pas Betty! je vivrais seule!... C'est bien plus économique, et plus agréable, par conséquent... A qui le donner?...»
Pendant qu'elle réfléchissait, tout en maniant et contemplant son or, Charles était allé rejoindre Betty.
Après lui avoir raconté ce qui l'avait tant ému chez Juliette, et les bonnes résolutions qu'il avait formées:
«N'est-ce pas désolant, ma bonne Betty, dit-il, que ma cousine m'empêche d'être bon? Je le voudrais tant! Je suis si content quand j'ai pu retenir mes emportements, ou mes sentiments de haine et de vengeance!... Mais je ne peux pas! Avec elle, c'est impossible! Ah! si je pouvais vivre chez Juliette! comme je serais différent! comme je serais doux, obéissant!...
Betty:—Doux! Ah! ah! Doux!... Jamais, mon pauvre Charlot! Tu es un vrai salpêtre! un torrent! un volcan!
Charles:—C'est elle qui me fait tout cela, Betty!... Ah! mais, une chose importante que j'oublie de te dire, c'est qu'elle a découvert que ma culotte était doublée.