19. Le Philosophe dit: Je désire ne pas passer mon temps à parler.

Tseu-koung dit: Si notre maître ne parle pas, alors comment ses disciples transmettront-ils ses paroles à la postérité?

Le Philosophe dit: Le ciel, comment parle-t-il? les quatre saisons suivent leur cours; tous les êtres de la nature reçoivent tour à tour l'existence. Comment le ciel parle-t-il?

20. Jou-pei[43] désirait voir KHOUNG-TSEU. KHOUNG-TSEU s'excusa sur son indisposition; mais aussitôt que le porteur du message fut sorti de la porte, le Philosophe prit sa guitare, et se mit à chanter, dans le dessein de se faire entendre.

21. Tsaï-ngo demanda si, au lieu de trois années de deuil après la mort des parents, une révolution de douze lunes [ou une année] ne suffirait pas.

Si l'homme supérieur n'observait pas les rites sur le deuil pendant trois années, ces rites tomberaient certainement en désuétude; si pendant trois années il ne cultivait pas la musique, la musique certainement périrait.

Quand les anciens fruits sont parvenus à leur maturité, de nouveaux fruits se montrent et prennent leur place. On change le feu en forant les bois qui le donnent[44]. Une révolution de douze lunes peut suffire pour toutes ces choses.

Le Philosophe dit: Si l'on se bornait à se nourrir du plus beau riz, et à se vêtir des plus beaux habillements, seriez-vous satisfait et tranquille?—Je serais satisfait et tranquille.

Si vous vous trouvez satisfait et tranquille de cette manière d'agir, alors pratiquez-la.

Mais cet homme supérieur [dont vous avez parlé], tant qu'il sera dans le deuil de ses parents, ne trouvera point de douceur dans les mets les plus recherchés qui lui seront offerts; il ne trouvera point de plaisir à entendre la musique, il ne trouvera point de repos dans les lieux qu'il habitera. C'est pourquoi il ne fera pas [ce que vous proposez; il ne réduira pas ses trois années de deuil à une révolution de douze lunes]. Maintenant, si vous êtes satisfait de cette réduction, pratiquez-la.