12. Le Philosophe dit: Ceux qui montrent extérieurement un air grave et austère, lorsqu'ils sont intérieurement légers et pusillanimes, sont à comparer aux hommes les plus vulgaires. Ils ressemblent à des larrons qui veulent percer un mur pour commettre leurs vols.

13. Le Philosophe dit: Ceux qui recherchent les suffrages des villageois sont des voleurs de vertus.

14. Le Philosophe dit: Ceux qui dans la voie publique écoutent une affaire et la discutent font un abandon de la vertu.

15. Le Philosophe dit: Comment les hommes vils et abjects pourraient-ils servir le prince?

Ces hommes, avant d'avoir obtenu leurs emplois, sont déjà tourmentés de la crainte de ne pas les obtenir; lorsqu'ils les ont obtenus, ils sont tourmentés de la crainte de les perdre.

Dès l'instant qu'ils sont tourmentés de la crainte de perdre leurs emplois, il n'est rien dont ils ne soient capables.

16. Le Philosophe dit: Dans l'antiquité, les peuples avaient trois travers d'esprit; de nos jours, quelques-uns de ces travers sont perdus; l'ambition des anciens s'attachait aux grandes choses et dédaignait les petites; l'ambition des hommes de nos jours est modérée sur les grandes choses et très-ardente sur les petites.

La gravité et l'austérité des anciens étaient modérées sans extravagance; la gravité et l'austérité des hommes de nos jours est irascible, extravagante. La grossière ignorance des anciens était droite et sincère; la grossière ignorance des hommes de nos jours n'est que fourberie, et voilà tout.

17. Le Philosophe dit: Les hommes aux paroles artificieuses et fleuries, aux manières engageantes, sont rarement doués de la vertu de l'humanité.

18. Le Philosophe dit: Je déteste la couleur violette [couleur intermédiaire], qui dérobe aux regards la véritable couleur de pourpre. Je déteste les sons musicaux de Tching, qui portent le trouble et la confusion dans la véritable musique. Je déteste les langues aiguës [ou calomniatrices], qui bouleversent les États et les familles.