MENG-TSEU répondit avec respect: C'est ce que l'histoire rapporte[3].

Le roi dit: D'après cela, il était donc d'une grandeur excessive?

MENG-TSEU dit: Le peuple le trouvait encore trop petit.

Le roi ajouta: Ma chétive personne a un parc qui n'a que quarante li [quatre lieues] de circonférence, et le peuple le trouve encore trop grand; pourquoi cette différence?

MENG-TSEU dit: Le parc de Wen-wang avait sept lieues de circuit; mais c'était là que se rendaient tous ceux qui avaient besoin de cueillir de l'herbe ou de couper du bois. Ceux qui voulaient prendre des faisans ou des lièvres allaient là. Comme le roi avait son parc en commun avec le peuple, celui-ci le trouvait trop petit [quoiqu'il eût sept lieues de circonférence]; cela n'était-il pas juste?

Moi, votre serviteur, lorsque je commençai à franchir la frontière, je m'informai de ce qui était principalement défendu dans votre royaume, avant d'oser pénétrer plus avant. Votre serviteur apprit qu'il y avait dans l'intérieur de vos lignes de douanes un parc de quatre lieues de tour; que l'homme du peuple qui y tuait un cerf était puni de mort, comme s'il avait commis le meurtre d'un homme; alors c'est une véritable fosse de mort de quatre lieues de circonférence ouverte au sein de votre royaume. Le peuple, qui trouve ce parc trop grand, n'a-t-il pas raison?

3. Siouan-wang, roi de Thsi, fit une question en ces termes: Y a-t-il un art, une règle à suivre pour former des relations d'amitié entre les royaumes voisins?

MENG-TSEU répondit avec respect: Il en existe. Il n'y a que le prince doué de la vertu de l'humanité qui puisse, en possédant un grand État, procurer de grands avantages aux petits. C'est pourquoi Tching-thang assista l'État de Ko, et Wen-wang ménagea celui des Kouen-i [ou barbares de l'occident]. Il n'y a que le prince doué d'une sagesse éclairée qui puisse, en possédant un petit État, avoir la condescendance nécesssaire envers les grands États. C'est ainsi que Taï-wang se conduisit envers les Hiun-yo [ou barbares du nord], et Keou-tsian envers l'État de Ou.

Celui qui, commandant à un grand État, protége, assiste les petits, se conduit d'une manière digne et conforme à la raison céleste; celui qui, ne possédant qu'un petit État, a de la condescendance pour les grands États, respecte, en lui obéissant, la raison céleste; celui qui se conduit d'une manière digne et conforme à la raison céleste est le protecteur de tout l'empire; celui qui respecte, en lui obéissant, la raison céleste, est le protecteur de son royaume.

Le Livre des Vers[4] dit: