«Respectez la majesté du ciel,
Et par cela même vous conserverez le mandat qu'il vous a délégué.»
Le roi dit: La grande, l'admirable instruction! Ma chétive personne a un défaut, ma chétive personne aime la bravoure.
[MENG-TSEU] répondit avec respect: Prince, je vous en prie, n'aimez pas la bravoure vulgaire [qui n'est qu'une impétuosité des esprits vitaux][5]. Celui qui possède celle-ci saisit son glaive en jetant autour de lui des regards courroucés, et s'écrie: «Comment cet ennemi» ose-t-il venir m'attaquer?» Cette bravoure n'est que celle d'un homme vulgaire qui peut résister à un seul homme. Roi, je vous en prie, ne vous occupez que de la bravoure des grandes âmes.
Le Livre des Vers[6] dit:
«Le roi (Wen-wang), s'animant subitement, devint rouge de colère;
Il fit aussitôt ranger son armée en ordre de bataille,
Afin d'arrêter les troupes ennemies qui marchaient sur elle;
Afin de rendre plus florissante la prospérité des Tcheou;
Afin de répondre aux vœux ardents de tout l'empire.»
Voilà la bravoure de Wen-wang. Wen-wang ne s'irrite qu'une fois, et il pacifie toutes les populations de l'empire.
Le Chou-king, ou Livre par excellence[7], dit: «Le ciel, en créant les peuples, leur a préposé des princes [pour avoir soin d'eux][8]; il leur a donné des instituteurs [pour les instruire]. Aussi est-il dit: Ils sont les auxiliaires du souverain suprême, qui les distingue par des marques d'honneur dans les quatre parties de la terre. Il n'appartient qu'à moi (c'est Wou-wang qui parle) de récompenser les innocents et de punir les coupables. Qui, dans tout l'empire, oserait s'opposer à sa volontés[9]?»
Un seul homme (Cheou-sin) avait commis des actions odieuses dans tout l'empire; Wou-wang en rougit. Ce fut là la bravoure de Wou-wang; et Wou-wang, s'étant irrité une seule fois, pacifia toutes les populations de l'empire.
Maintenant, si le roi, en se livrant une seule fois à ses mouvements d'indignation ou de bravoure, pacifiait toutes les populations de l'empire, les populations n'auraient qu'une crainte, c'est que le roi n'aimât pas la bravoure.
4. Siouan-wang, roi de Thsi, était allé voir MENG-TSEU dans le Palais de la neige (Siouëi-koung). Le roi dit: Convient-il aux sages de demeurer dans un pareil lieu de délices? MENG-TSEU répondit avec respect: Assurément. Si les hommes du peuple n'obtiennent pas cette faveur, alors ils accusent leur supérieur [leur prince].