Le roi dit: Comment saurais-je d'avance qu'ils n'ont point de talents, pour les repousser?
MENG-TSEU dit: Le prince qui gouverne un royaume, lorsqu'il élève les sages aux honneurs et aux dignités, doit apporter dans ses choix l'attention et la circonspection la plus grande. S'il agit en sorte de donner la préférence [à cause de sa sagesse] à un homme d'une condition inférieure sur un homme d'une condition élevée, et à un parent éloigné sur un parent plus proche, n'aura-t-il pas apporté dans ses choix beaucoup de vigilance et d'attention?
Si tous ceux qui vous entourent vous disent: Un tel est sage, cela ne doit pas suffire [pour le croire]; si tous les grands fonctionnaires disent: Un tel est sage, cela ne doit pas encore suffire; si tous les hommes du royaume disent: Un tel est sage, et qu'après avoir pris des informations pour savoir si l'opinion publique était fondée, vous l'avez trouvé sage, vous devez ensuite l'employer [dans les fonctions publiques, de préférence à tout autre].
Si tous ceux qui vous entourent vous disent: Un tel est indigne [ou impropre à remplir un emploi public], ne les écoutez pas; si tous les grands fonctionnaires disent: Un tel est indigne, ne les écoutez pas; si tous les hommes du royaume disent: Un tel est indigne, et qu'après avoir pris des informations pour savoir si l'opinion publique était fondée, vous l'avez trouvé indigne, vous devez ensuite l'éloigner [des fonctions publiques].
Si tous ceux qui vous entourent disent: Un tel doit être mis à mort, ne les écoutez pas; si tous les grands fonctionnaires disent: Un tel doit être mis à mort, ne les écoutez pas; si tous les hommes du royaume disent: Un tel doit être mis à mort, et qu'après avoir pris des informations pour savoir si l'opinion publique était fondée, vous l'avez trouvé méritant la mort, vous devez ensuite le faire mourir. C'est pourquoi on dit que c'est l'opinion publique qui l'a condamné et fait mourir.
Si le prince agit de cette manière [dans l'emploi des honneurs et dans l'usage des supplices][25], il pourra ainsi être considéré comme le père et la mère du peuple.
8. Siouan-wang, roi de Thsi, fit une question en ces termes: Est-il vrai que Tching-tang[26] détrôna Kie[27] et l'envoya en exil, et que Wou-wang[28] mit à mort Cheou-(sin)[29]?
MENG-TSEU répondit avec respect: L'histoire le rapporte.
Le roi dit: Un ministre ou sujet a-t-il le droit de détrôner et de tuer son prince?
MENG-TSEU dit: Celui qui fait un vol à l'humanité est appelé voleur; celui qui fait un vol à la justice [qui l'outrage], est appelé tyran[30]. Or un voleur et un tyran sont des hommes que l'on appelle isolés, réprouvés [abandonnés de leurs parents et de la foule][31]. J'ai entendu dire que Tching-tang avait mis à mort un homme isolé, réprouvé [abandonné de tout le monde], nommé Cheou-sin; je n'ai pas entendu dire qu'il eût tué son prince.