Tseu-koung disait: En observant les usages et la conduite des anciens empereurs, je connais les principes qu'ils suivirent dans le gouvernement de l'empire; en écoutant leur musique, je connais leurs vertus. Si depuis cent générations je classe dans leur ordre les cent générations de rois qui ont régné, aucun d'eux n'échappera à mes regards. Eh bien, depuis qu'il existe des hommes jusqu'à nos jours, je puis dire qu'il n'en a pas existé de comparable à KHOUNG-TSEU.

Yeou-jo disait: Non-seulement les hommes sont de la même espèce, mais le Khi-lin ou la licorne, et les autres quadrupèdes qui courent; le Foung-hoang ou le phénix, et les autres oiseaux qui volent; le mont Taï-chan, ainsi que les collines et autres élévations; les fleuves et les mers, ainsi que les petits cours d'eau et les étangs, appartiennent aux mêmes espèces. Les saints hommes comparés avec la multitude sont aussi de la même espèce; mais ils sortent de leur espèce, ils s'élèvent au-dessus d'elle, et dominent la foule des autres hommes. Depuis qu'il existe des hommes jusqu'à nos jours, il n'y en a pas eu de plus accompli que KHOUNG-TSEU.

3. MENG-TSEU dit: Celui qui emploie toutes ses forces disponibles[21] à simuler les vertus de l'humanité veut devenir chef des grands vassaux. Pour devenir chef des grands vassaux, il doit nécessairement avoir un grand royaume. Celui qui emploie toute sa vertu à pratiquer l'humanité règne véritablement; pour régner véritablement, il n'a pas à attendre, à convoiter un grand royaume. Ainsi Tching-thang, avec un État de soixante et dix li [sept lieues] d'étendue; Wen-wang avec un État de cent li [dix lieues] d'étendue, parvinrent à l'empire.

Celui qui dompte les hommes et se les soumet par la force des armes ne subjugue pas les cœurs; pour cela, la force, quelle qu'elle soit, est toujours insuffisante[22]. Celui qui se soumet les hommes par la vertu porte la joie daus les cœurs qui se livrent sans réserve, comme les soixante et dix disciples de KHOUNG-TSEU se soumirent à lui.

Le Livre des Vers[23] dit:

«De l'occident et de l'orient,

Du midi et du septentrion,

Personne ne pensa à résister.»

Cette citation exprime ma pensée.

4. MENG-TSEU dit: Si le prince est plein d'humanité, il se procure une grande gloire; s'il n'a pas d'humanité, il se déshonore. Maintenant si, en haïssant le déshonneur, il persévère dans l'inhumanité, c'est comme si en détestant l'humidité on persévérait à demeurer dans les lieux bas.

Si le prince hait le déshonneur, il ne peut rien faire de mieux que d'honorer la vertu et d'élever aux dignités les hommes distingués par leur savoir et leur mérite. Si les sages occupent les premiers emplois publics; si les hommes de mérite sont placés dans des commandements qui leur conviennent, et que le royaume jouisse des loisirs de la paix[24], c'est le temps de reviser et de mettre dans un bon ordre le régime civil et le régime pénal. C'est en agissant ainsi que les autres États, quelque grands qu'ils soient, se trouveront dans la nécessité de vous respecter.

Le Livre des Vers[25] dit: