«Regarde là-bas sur les bords du Ki;

Oh! qu'ils sont beaux et abondants les verts bambous!

Nous avons un prince orné de science et de sagesse[6];

Il ressemble à l'artiste qui coupe et travaille l'ivoire,

A celui qui taille et polit les pierres précieuses.

Oh! qu'il parait grave et silencieux!

Comme sa conduite est austère et digne!

Nous avons un prince orné de science et de sagesse;

Nous ne pourrons jamais l'oublier!»

5. Il ressemble à l'artiste qui coupe et travaille l'ivoire, indique l'étude ou l'application de l'intelligence à la recherche des principes de nos actions; il ressemble à celui qui taille et polit les pierres précieuses, indique le perfectionnement de soi-même. L'expression Oh! qu'il paraît grave et silencieux! indique la crainte, la sollicitude qu'il éprouve pour atteindre à la perfection. Comme sa conduite est austère et digne! exprime combien il mettait de soin à rendre sa conduite digne d'être imitée. Nous avons un prince orné de science et de sagesse; nous ne pourrons jamais l'oublier! indique cette sagesse accomplie, cette perfection morale que le peuple ne peut oublier.

6. Le Livre des Vers dit:

«Comme la mémoire des anciens rois (Wen et Wou) est restée dans le souvenir des hommes!»

Les sages et les princes qui les suivirent imitèrent leur sagesse et leur sollicitude pour le bien-être de leur postérité. Les populations jouirent en paix, par la suite, de ce qu'ils avaient fait pour leur bonheur, et elles mirent à profit ce qu'ils firent de bien et de profitable dans une division et une distribution équitable des terres[7]. C'est pour cela qu'ils ne seront point oubliés dans les siècles à venir.

Voilà le troisième chapitre du Commentaire. Il explique ce que l'on doit entendre par placer sa destination définitive dans la perfection ou le souverain bien[8].

[4] C'est l'explication que donne le Ji-kiang, en développant le commentaire laconique de Tchou-hi: «L'homme est de tous les êtres le plus intelligent; s'il ne pouvait pas choisir le souverain bien pour s'y fixer, c'est qu'il ne serait pas même aussi intelligent que l'oiseau.»

[5] Le Ji-kiang s'exprime ainsi: «Tchou-tseu dit: Chaque homme possède en soi le principe de sa destination obligatoire ou de ses devoirs de conduite, et atteindre à sa destination est du devoir du saint homme.»

[6] Tcheou-koung, qui vivait en 1150 avant notre ère, l'un des plus sages et des plus savants hommes qu'ait eus la Chine.

[7] C'est l'explication que donnent de ce passage plusieurs commentateurs: «Par le partage des champs labourables et leur distribution en portions d'un li (un dixième de lieue carrée), chacun eut de quoi s'occuper et s'entretenir habituellement; c'est là le profit qu'ils en ont tiré.» (Commentaire, Ho-kiang.)