Le roi dit: Oh! quel langage osez-vous tenir?

Le ministre poursuivit: Tcheou-koung avait envoyé Kouan-cho pour surveiller le royaume de Yn; mais Kouan-cho se révolta avec le royaume de Yn [contre l'autorité de Tcheou-koung]. Si, lorsque Tcheou-koung chargea Kouan-cho de sa mission, il prévoyait ce qui arriverait, il ne fut pas humain; s'il ne le prévoyait pas, il ne fut pas prudent. Si Tcheou-koung ne fut pas d'une humanité et d'une prudence consommée, à plus forte raison le roi ne pouvait-il pas l'être [dans la dernière occasion]. Moi Tchin-kia, je vous prie de me laisser aller voir MENG-TSEU, et de lui expliquer l'affaire.

Il alla voir MENG-TSEU, et lui demanda quel homme c'était que Tcheou-koung.

MENG-TSEU répondit: C'était un saint homme de l'antiquité.

—N'est-il pas vrai qu'il envoya Kouan-cho pour surveiller le royaume de Yn, et que Kouan-cho se révolta avec ce royaume?—Cela est ainsi, dit-il.

Tcheou-koung prévoyait-il qu'il se révolterait, lorsqu'il le chargea de cette mission?

—Il ne le prévoyait pas.

—S'il en est ainsi, alors le saint homme commit par conséquent une faute.

Tcheou-koung était le frère cadet de Kouan-cho qui était son frère aîné. La faute de Tcheou-koung n'est-elle pas excusable?

En effet, si les hommes supérieurs de l'antiquité commettent des fautes, ils se corrigent ensuite. Si les hommes [prétendus] supérieurs de notre temps commettent des fautes, ils continuent à suivre la mauvaise voie [sans vouloir se corriger]. Les fautes des hommes supérieurs de l'antiquité sont comme les éclipses du soleil et de la lune, tous les hommes les voyaient; et quant à leur conversion, tous les hommes la contemplaient avec joie. Les hommes supérieurs de nos jours, non-seulement continuent à suivre la mauvaise voie, mais encore ils veulent la justifier.