Si on n'a pas la faculté de donner à ses sentiments de douleur toute l'expression que l'on désire[3], on ne peut pas se procurer des consolations. Si on n'a pas de fortune, on ne peut également pas se donner la consolation de faire à ses parents de magnifiques funérailles. Lorsqu'ils pouvaient obtenir d'agir selon leur désir, et qu'ils en avaient les moyens, tous les hommes de l'antiquité employaient de beaux cercueils. Pourquoi moi seul n'aurais-je pas pu agir de même?

Or, si lorsque leurs père et mère viennent de décéder, les enfants ne laissent pas la terre adhérer à leur corps, auront-ils un seul sujet de regret [pour leur conduite]?

J'ai souvent entendu dire que l'homme supérieur ne doit pas être parcimonieux à cause des biens du monde, dans les devoirs qu'il rend à ses parents.

8. Tching-thoung (ministre du roi de Thsi), de son autorité privée, demanda à MENG-TSEU si le royaume de Yan pouvait être attaqué ou subjugué par les armes.

MENG-TSEU dit: Il peut l'être. Tseu-khouaï (roi de Yan) ne peut, de son autorité privée, donner Yan à un autre homme. Tseu-tchi (son ministre) ne pouvait accepter le royaume de Yan du prince Tseu-khouaï. Je suppose, par exemple, qu'un magistrat se trouve ici, et que vous ayez pour lui beaucoup d'attachement. Si, sans en prévenir le roi, et de votre autorité privée, vous lui transférez la dignité et les émoluments que vous possédez; si ce lettré, également sans avoir reçu le mandat du roi, et de son autorité privée, les accepte de vous; alors pensez-vous que ce soit licite? En quoi cet exemple diffère-t-il du fait précédent?

Les hommes de Thsi[4] ayant attaqué le royaume de Yan, quelqu'un demanda à MENG-TSEU s'il n'avait pas excité Thsi à conquérir Yan? Il répondit: Aucunement. Tching-thoung m'a demandé si le royaume de Yan pouvait être attaqué et subjugué par les armes. Je lui ai répondu en disant qu'il pouvait l'être. Là-dessus le roi de Thsi et ses ministres l'ont attaqué. Si Tching-thoung m'avait parlé ainsi: Quel est celui qui peut l'attaquer et le conquérir? alors je lui aurais répondu en disant: Celui qui en a reçu la mission du ciel, celui-là peut l'attaquer et le conquérir.

Maintenant, je suppose encore qu'un homme en ait tué un autre. Si quelqu'un m'interroge à ce sujet, et me dise: Un homme peut-il en faire mourir un autre? alors je lui répondrai en disant: Il le peut. Mais si cet homme me disait: Quel est celui qui peut tuer un autre homme? alors je lui répondrais en disant: Celui qui exerce les fonctions de ministre de la justice, celui-là peut faire mourir un autre homme [lorsqu'il mérite la mort].

Maintenant, comment aurais-je pu conseiller de remplacer le gouvernement tyrannique de Yan par un autre gouvernement tyrannique[5]?

9. Les hommes de Yan se révoltèrent. Le roi de Thsi dit: Comment me présenterai-je sans rougir devant MENG-TSEU?

Tchin-kia (un de ses ministres) dit: Que le roi ne s'afflige pas de cela. Si le roi se compare à Tcheou-koung[6], quel est celui qui sera trouvé le plus humain et le plus prudent?