5. MENG-TSEU s'adressant à Tchi-wa [ta-fou, ou l'un des premiers fonctionnaires de Thsi], lui dit: Vous avez refusé le commandement de la ville de Ling-khieou, et vous avez sollicité les fonctions de chef de la justice. Cela paraissait juste, parce que ce dernier poste vous donnait la faculté de parler au roi le langage de la raison. Maintenant, voilà déjà plusieurs lunes d'écoulées depuis que vous êtes en fonctions, et vous n'avez pas encore parlé?
Tchi-wa ayant fait des remontrances au roi, qui n'en tint aucun compte, se démit de ses fonctions de ministre, et se retira.
Les hommes de Thsi dirent: Quant à la conduite de Tchi-wa [à l'égard du roi], elle est parfaitement convenable; quant à celle de MENG-TSEU, nous n'en savons rien.
Kong-tou-tseu instruisit son maître de ces propos.
MENG-TSEU répliqua: J'ai toujours entendu dire que celui qui a une magistrature à remplir, s'il ne peut obtenir de faire son devoir, se retire; que celui qui a le ministère de la parole pour donner des avertissements au roi, s'il ne peut obtenir que ses avertissements soient suivis, se retire. Moi, je n'ai pas de magistrature à remplir ici; je n'ai pas également le ministère de la parole; alors, que je me produise à la cour pour faire des représentations, ou que je m'en éloigne, ne suis-je pas libre d'agir comme bon me semble?
6. Lorsque MENG-TSEU était revêtu de la dignité honoraire de King, ou de premier fonctionnaire dans le royaume de Thsi, il alla faire des compliments de condoléance à Teng; et le roi envoya Wang-kouan, premier magistrat de la ville de Ko, pour l'assister dans ses fonctions d'envoyé. Wang-kouan, matin et soir, voyait MENG-TSEU; mais, en allant et en revenant de Teng à Thsi, pendant toute la route MENG-TSEU ne s'entretint pas avec lui des affaires de leur légation.
Kong-sun-tcheou dit: Dans le royaume de Thsi, la dignité de King, ou de premier fonctionnaire, n'est pas petite. La route qui mène de Thsi à Teng n'est pas également peu longue. En allant et en revenant, vous n'avez pas parlé avec cet homme des affaires de votre légation; quelle en est la cause?
MENG-TSEU dit: Ces affaires avaient été réglées par quelqu'un; pourquoi en aurais-je parlé[2]?
7. MENG-TSEU quitta le royaume de Thsi pour aller rendre les devoirs funèbres [à sa mère] dans le royaume de Lou. En revenant dans le royaume de Thsi, il s'arrêta dans la petite ville de Yng. Tchoung-yu [un de ses anciens disciples] lui dit avec soumission: Ces jours passés, ne sachant pas que votre disciple Yu était tout à fait inepte, vous m'avez ordonné, à moi Yu, de faire faire un cercueil par un charpentier. Dans la douleur où vous vous trouviez, je n'ai pas osé vous questionner à cet égard. Aujourd'hui je désire vous demander une explication sur un doute que j'ai: le bois du cercueil n'était-il pas trop beau?
MENG-TSEU dit: Dans la haute antiquité, il n'y avait point de règles fixes pour la fabrication des cercueils, soit intérieurs, soit extérieurs. Dans la moyenne antiquité, les planches du cercueil intérieur avaient sept pouces d'épaisseur; le cercueil extérieur était dans les mêmes proportions. Cette règle était observée par tout le monde, depuis l'empereur jusqu'à la foule du peuple; et ce n'était pas assurément pour que les cercueils fussent beaux. Ensuite les parents se livraient à toute la manifestation des sentiments de leur cœur.