Dans le cours de cinq cents ans, il doit nécessairement apparaître un roi puissant [qui occupe le trône des fils du Ciel][11]; et dans cet intervalle de temps doit aussi apparaître un homme qui illustre son siècle. Depuis l'établissement de la dynastie des Tcheou jusqu'à nos jours, il s'est écoulé plus de sept cents ans. Que l'on fasse le calcul de ce nombre d'années écoulées [en déduisant un période de cinq cents ans], alors on trouvera que ce période est bien dépassé [sans cependant qu'un grand souverain ait apparu]. Si on examine avec attention le temps présent, alors on verra qu'il peut apparaître maintenant.
Le ciel, à ce qu'il semble, ne désire pas encore que la paix et la tranquillité règnent dans tout l'empire. S'il désirait que la paix et la tranquillité régnassent dans tout l'empire, et qu'il me rejetât, qui choisirait-il dans notre siècle [pour accomplir cette mission]? Pourquoi donc n'aurais-je pas un air satisfait?
14. MENG-TSEU ayant quitté le royaume de Thsi, et s'étant arrêté à Kieou[12], Kong-sun-tcheou lui fit une question en ces termes: Exercer une magistrature, et ne pas en accepter les émoluments, était-ce la règle de l'antiquité?
MENG-TSEU répondit: Aucunement. Lorsque j'étais dans le pays de Thsoung, j'obtins de voir le roi. Je m'éloignai bientôt, et je pris la résolution de le quitter entièrement. Je n'en voulus pas changer; c'est pourquoi je n'acceptai point d'émoluments.
Peu de jours après, le roi ayant ordonné de rassembler des troupes [pour repousser une agression], je ne pus prendre congé du roi. Mais je n'avais pas du tout l'intention de demeurer longtemps dans le royaume de Thsi.
[1] MENG-TSEU veut faire dépendre les princes des sages et des hommes éclairés, et non les sages et les hommes éclairés des princes. Il relève la dignité de la vertu et de la science, qu'il place au-dessus du rang et de la puissance. Jamais peut-être la philosophie n'a offert un plus noble sentiment de sa dignité et de la valeur de ses inspirations. Il serait difficile de reconnaître ici (pas plus que dans aucun autre écrivain chinois) cet esprit de servitude dont on a bien voulu les gratifier en Europe.
[2] Selon plusieurs commentateurs chinois, la cause du silence que MENG-TSEU avait gardé avec son second envoyé, c'est le mépris qu'il avait pour lui.
[3] Si des lois spéciales règlent les funérailles.
[4] Le prince et ses ministres. (Commentaire.)
[5] Littéralement, remplacer un yan par un yan, ou un tyran par un autre tyran. C'est l'interprétation des commentateurs chinois.