Un certain Tchin-siang, disciple de Tchin-liang[18], accompagné de son frère cadet nommé Sin, portant les instruments de labourage sur leurs épaules, vinrent de l'État de Soung dans celui de Teng, et dirent: «Nous avons appris que le prince pratiquait le gouvernement des saints hommes [de l'antiquité]; il est donc aussi lui-même un saint homme. Nous désirons être les paysans du saint homme.»
Tchin-siang ayant vu Hiu-hing en fut ravi de joie. Il rejeta complétement les doctrines qu'il avait apprises de son premier maître, pour étudier celles de Hiu-hing.
Tchin-siang étant allé voir MENG-TSEU, lui rapporta les paroles de Hiu-hing, en disant: «Le prince de Teng est véritablement un sage prince; mais, quoiqu'il en soit ainsi, il n'a pas encore été instruit des saines doctrines. Le prince sage cultive la terre et se nourrit avec le peuple; il gouverne en même temps qu'il prépare lui-même ses aliments. Maintenant le prince de Teng a des greniers et des trésors privés; en agissant ainsi, il fait tort au peuple pour s'entretenir lui-même. Comment peut-on l'appeler sage?»
MENG-TSEU dit: Hiu-tseu [le philosophe Hiu ou Hiu-hing] sème certainement lui-même le millet dont il se nourrit?
—Oui.
—Hiu-tseu tisse certainement lui-même la toile de chanvre dont il fait ses vêtements?
—En aucune façon. Hiu-tseu porte des vêtements de laine.
—Hiu-tseu porte un bonnet?
—Il porte un bonnet.
—Quel genre de bonnet?