Yao était tourmenté par la crainte de ne pas rencontrer un homme comme Chun [pour l'aider à gouverner l'empire]; et Chun était tourmenté par la crainte de ne pas rencontrer des hommes comme Yu et Kao-Yao. Ceux qui sont tourmentés de la crainte de ne pas cultiver cent arpents de terre, ceux-là sont des agriculteurs.
L'action de partager aux hommes ses richesses s'appelle bienfaisance; l'action d'enseigner la vertu aux hommes s'appelle droiture du cœur; l'action d'obtenir l'affection des hommes pour gouverner l'empire s'appelle humanité. C'est pour cette raison qu'il est facile de donner l'empire à un homme, mais qu'il est difficile d'obtenir l'affection des hommes pour gouverner l'empire.
KHOUNG-TSEU disait: O que Yao fut grand comme prince! Il n'y a que le ciel qui soit grand; il n'y a que Yao qui ait imité sa grandeur. Que ses vertus et ses mérites étaient incommensurables! Les populations ne purent trouver de termes pour les qualifier. Quel prince c'était que Chun! qu'il était grand et sublime! Il posséda l'empire sans s'en glorifier.—
Tant que Yao et Chun gouvernèrent l'empire, n'eurent-ils pas assez de quoi occuper toute leur intelligence, sans se livrer encore aux travaux de l'agriculture?
J'ai entendu dire que certains hommes, en se servant [des enseignements et des doctrines répandus par les grands empereurs] de la dynastie Hia, avaient changé les mœurs des barbares; je n'ai jamais entendu dire que des hommes éclairés par ces doctrines aient été convertis à la barbarie par les barbares. Tchin-liang, natif de l'État de Thsou, séduit par les principes de Tcheou-koung et de Tchoung-ni, étudia dans la partie septentrionale du royaume du milieu. Les savants de cette région septentrionale n'ont peut-être jamais pu le surpasser en savoir; il est ce que vous appelez un lettré éminent par ses talents et son génie. Vous et votre frère cadet, vous avez été ses disciples quelques dizaines d'années. Votre maître mort, vous lui avez aussitôt fait défection.
Autrefois, lorsque KHOUNG-TSEU mourut, après avoir porté son deuil pendant trois ans, ses disciples, ayant disposé leurs effets pour s'en retourner chacun chez eux, allèrent tous prendre congé de Tseu-koung. Lorsqu'ils se retrouvèrent ainsi en présence l'un de l'autre, ils fondirent en larmes et gémirent à en perdre la voix. Ensuite ils s'en retournèrent dans leurs familles. Tseu-koung revint près du tombeau de son maître; il se construisit une demeure près de ce tombeau, et l'habita seul pendant trois années. Ensuite il s'en retourna dans sa famille.
Un autre jour, Tseu-hia, Tseu-tchang et Tseu-yeou, considérant que Yeou-jo avait beaucoup de ressemblance avec le saint homme [leur maître], ils voulaient le servir ainsi qu'ils avaient servi KHOUNG-TSEU. Comme ils pressaient Thseng-fseu de se joindre à eux, Thseng-tseu leur dit: Cela ne convient pas. Si vous lavez quelque chose dans le Hiang et le Han, et si vous exposez cet objet au soleil d'automne pour le sécher, oh! qu'il sera éclatant et pur! sa blancheur ne pourra être surpassée.
Maintenant ce barbare des régions méridionales, homme à la langue de l'oiseau criard Kioué, ne possède aucunement la doctrine des anciens rois; comme vous avez abandonné votre maître pour étudier sous lui, vous différez beaucoup de Thseng-tseu.
J'ai entendu dire que «l'oiseau sortant de la profonde vallée s'envolait sur les hauts arbres[23].» Je n'ai jamais entendu dire qu'il descendait du sommet des arbres pour s'enfoncer dans les vallées ténébreuses. Le Lou-soung[24] dit:
«Il[25] mit en fuite les barbares de l'occident et du septentrion,
Et il dompta les royaumes de Jung et de Chou.»