Tcheou-siao dit: L'intention du charpentier et du charron est de se procurer l'entretien de la vie; l'intention de l'homme supérieur qui pratique les principes de la droite raison est-elle aussi de se procurer l'entretien de la vie?
MENG-TSEU répondit: Pourquoi scrutez-vous son intention? Dès l'instant qu'il a bien mérité envers vous, vous devez le rétribuer, et vous le rétribuez. Or rétribuez-vous l'intention, ou bien rétribuez-vous les bonnes œuvres?
—Je rétribue l'intention.—Je suppose un homme ici. Cet homme a brisé les tuiles de votre maison pour pénétrer dans l'intérieur, et avec les tisons de l'âtre il a souillé les ornements des murs. Si son intention était, en agissant ainsi, de se procurer de la nourriture, lui donnerez-vous des aliments?
—Pas du tout.
—S'il en est ainsi, alors vous ne rétribuez pas l'intention; vous rétribuez les bonnes œuvres.
5. Wen-tchang fit une question en ces termes: Le royaume de Soung est un petit royaume. Maintenant il commence à mettre en pratique le mode de gouvernement des anciens rois. Si les royaumes de Thsi et de Thsou le prenaient en haine et qu'ils portassent les armes contre lui, qu'en arriverait-il?
MENG-TSEU dit: Lorsque Tching-thang habitait le pays de Po, il avait pour voisin le royaume de Ko. Le chef de Ko avait une conduite dissolue, et n'offrait point de sacrifices à ses ancêtres. Thang envoya des hommes qui lui demandèrent pourquoi il ne sacrifiait pas. Il répondit: Je ne puis me procurer de victimes. Thang ordonna de lui envover des bœufs et des moutons. Le chef de Ko les mangea, et n'en eut plus pour offrir en sacrifice. Thang envoya de nouveau des hommes qui lui demandèrent pourquoi il ne sacrifiait pas.—Je ne puis me procurer du millet pour la cérémonie. Thang ordonna que la population de Po allât labourer pour lui, et que les vieillards ainsi que les faibles portassent des vivres à cette population. Le chef de Ko, conduisant avec lui son peuple, alla fermer le chemin à ceux qui portaient le vin, le riz et le millet, et il les leur enleva; et ceux qui ne voulaient pas les livrer, il les tuait. Il se trouvait parmi eux un enfant qui portait des provisions de millet et de viande; il le tua et les lui enleva. Le Chou-king dit: «Le chef de Ko traita en ennemis ceux qui portaient des vivres.» Il fait allusion à cet événement.
Parce que le chef de Ko avait mis à mort cet enfant, Thang lui déclara la guerre. Les populations situées dans l'intérieur des quatre mers dirent unanimement: Ce n'est pas pour enrichir sou empire, mais c'est pour venger un mari ou une femme privés de leurs enfants, qu'il leur a déclaré la guerre.
Thang commença la guerre par le royaume de Ko. Après avoir vaincu onze rois, il n'eut plus d'ennemis dans l'empire. S'il portait la guerre à l'orient, les barbares de l'occident se plaignaient; s'il portait la guerre au midi, les barbares du nord se plaignaient, en disant: Pourquoi nous laisse-t-il pour les derniers?
Les peuples aspiraient après lui comme dans une grande sécheresse ils aspirent après la pluie. Ceux qui allaient au marché n'étaient plus arrêtés en route; ceux qui labouraient la terre n'étaient plus transportés d'un lieu dans un autre. Thang faisait mourir les princes et consolait les peuples, comme dans les temps de sécheresse la pluie qui vient à tomber procure une grande joie aux populations. Le Chou-king dit: «Nous attendons notre prince; lorsque notre prince sera venu, nous serons délivrés de la tyrannie et des supplices.»