Il y avait des hommes qui n'étaient pas soumis; Wou-wang se rendit à l'orient pour les combattre. Ayant rassuré les maris et les femmes, ces derniers placèrent leur soie noire et jaune dans des corbeilles, et dirent: En continuant à servir notre roi des Tcheou, nous serons comblés de bienfaits. Aussitôt ils allèrent se soumettre dans la grande ville de Tcheou. Leurs hommes élevés en dignité remplirent des corbeilles de soie noire et jaune, et ils allèrent avec ces présents au-devant des chefs des Tcheou; le peuple remplit des plats de provisions de bouche et des vases de vin, et il alla avec ces présents au-devant de la troupe de Wou-wang. [Pour obtenir un pareil résultat], celui-ci délivrait ces populations du feu et de l'eau [c'est-à-dire de la plus cruelle tyrannie]; il mettait à mort leurs tyrans; et voilà tout.
Le Taï-chi [un des chapitres du Chou-king] dit: «La renommée de ma puissance s'est étendue au loin; lorsque j'aurai atteint les limites de son royaume, je me saisirai du tyran. Cette renommée s'accroîtra encore lorsque j'aurai mis à mort ce tyran et vaincu ses complices; elle brillera même de plus d'éclat que celle de Thang.»
Le royaume de Soung ne pratique pas le mode de gouvernement des anciens rois, comme il vient d'être dit ci-dessus. S'il pratiquait le mode de gouvernement des anciens rois, toutes les populations situées entre les quatre mers élèveraient vers lui des regards d'espérance, et n'aspireraient qu'en lui, en désirant que le roi de ce royaume devint leur prince. Quoique les royaumes de Thsi et de Thsou soient grands et puissants, qu'aurait-il à en redouter?
6. MENG-TSEU, s'adressant à Thaï-pou-ching (ministre du royaume de Soung), dit: Désirez-vous que votre roi devienne un bon roi? Si vous le désirez, je vous donnerai des instructions bien claires à ce sujet. Je suppose que le premier ministre de Thsou soit ici. S'il désire que son fils parle le langage de Thsi, ordonnera-t-il à un habitant de ce royaume de l'instruire? ordonnera-t-il à un habitant du royaume de Thsou de l'instruire?
—Il ordonnera à un habitant de Thsi de l'instruire.
—Si un seul homme de Thsi lui donne de l'instruction, et qu'en même temps tous les hommes de Thsi lui parlent continuellement leur langue, quand même le maître le frapperait chaque jour pour qu'il apprît à parler la langue de Thsi, il ne pourrait en venir à bout. Si au contraire il l'emmène et le retient pendant plusieurs années dans le bourg de Tchouang-yo[7], quand même il le frapperait chaque jour pour qu'il apprît à parler la langue de Thsou, il ne pourrait en venir à bout.
Vous avez dit que Sie-kiu-tcheou (ministre du royaume de Soung) était un homme doué de vertu, et que vous aviez fait en sorte qu'il habitat dans le palais du roi. Si ceux qui habitent le palais du roi, jeunes et vieux, vils et honorés, étaient tous d'autres Sie-kiu-tcheou, avec qui le roi pourrait-il mal faire? Si ceux qui habitent le palais du roi, jeunes et vieux, vils et honorés, étaient tous différents de Sie-kiu-tcheou, avec qui le roi pourrait-il faire le bien? Si donc il n'y a que Sie-kiu-tcheou d'homme vertueux, que ferait-il seul près du roi de Soung?
7. Kong-sun-tcheou fit une question en ces termes: Vous n'allez pas voir les princes; quel en est le motif?
MENG-TSEU dit: Les anciens qui ne voulaient pas devenir ministres des rois n'allaient pas les voir.
Touan-kan-mo, se sauvant par-dessus le mur, évita le prince, qui alla le visiter. Sie-lieou ferma sa porte, et ne voulut pas le recevoir. L'un et l'autre de ces sages allèrent trop loin. Si le prince insiste fortement, le sage lettré peut aller le visiter.