Ainsi, c'est la loutre qui fait rentrer les poissons dans le fond des eaux, et l'épervier qui fait fuir les oiseaux dans l'épaisseur des forêts; ce sont les [mauvais rois] Kie et Tcheou qui font fuir les peuples dans les bras de Tching-thang et de Wou-wang.
Maintenant, si entre tous les princes de l'empire il s'en trouvait un qui chérît l'humanité, alors tous les rois et les princes vassaux [par leur tyrannie habituelle] forceraient leurs peuples à se réfugier sous sa protection. Quand même il voudrait ne pas régner en souverain sur tout l'empire, il ne pourrait pas s'en abstenir.
De nos jours, ceux qui désirent régner en souverains sur tout l'empire sont comme un homme qui pendant une maladie de sept ans cherche l'herbe précieuse (aï) qui ne procure du soulagement qu'après avoir été séchée pendant trois années. S'il ne s'occupe pas déjà de la cueillir, il ne pourra en recevoir du soulagement avant la fin de sa vie. Si les princes ne s'appliquent pas de toute leur intelligence à la recherche et à la pratique de l'humanité, ils s'affligeront jusqu'à la fin de leur vie de la honte de ne pas la pratiquer, pour tomber enfin dans la mort et l'oubli.
Le Livre des Vers[13] dit:
«Comment ces princes pourraient-ils devenir hommes de bien?
Ils se plongent mutuellement dans l'abîme.»
C'est la pensée que j'ai tâché d'exprimer ci-dessus.
10. MENG-TSEU dit: Il n'est pas possible de tenir des discours raisonnables avec ceux qui se livrent, dans leurs paroles, à toute la fougue de leurs passions; il n'est pas possible d'agir en commun dans des affaires qui demandent l'application la plus soutenue, avec des hommes sans énergie qui s'abandonnent eux-mêmes. Blâmer les usages et l'équité dans ses discours, c'est ce que l'on appelle s'abandonner dans ses paroles à la fougue de ses passions. Dire: «Ma personne ne peut exercer l'humanité et suivre la justice,» cela s'appelle abandon de soi-même.
L'humanité, c'est la demeure tranquille de l'homme; la justice, c'est la voie droite de l'homme.
Laisser sa demeure tranquille sans l'habiter, abandonner sa voie droite sans la suivre, ô que cela est lamentable!
11. MENG-TSEU dit: La voie droite est près de vous, et vous la cherchez au loin! C'est une chose qui est de celles qui sont faciles, et vous la cherchez parmi celles qui sont difficiles! Si chacun aime ses père et mère comme on doit les aimer, et respecte ses aînés comme on doit les respecter, l'empire sera dans l'union et l'harmonie.