12. MENG-TSEU dit: Si ceux qui sont dans une condition inférieure [à celle du prince][14] n'obtiennent pas toute la confiance de leur supérieur, le peuple ne pourra pas être gouverné. Il y a une voie sûre d'obtenir la faveur et la confiance du prince: si on n'est pas fidèle envers ses amis, on n'obtient pas la faveur et la confiance du prince. Il y a une voie sûre pour être fidèle envers ses amis: si dans les devoirs que l'on rend à ses père et mère on ne leur procure pas de joie, on n'est pas fidèle envers ses amis. Il y a une voie sûre pour procurer de la joie à ses père et mère; si en faisant un retour sur soi-même on ne se trouve pas vrai, sincère, exempt de feinte et de déguisement, on ne procure pas de joie à ses père et mère. Il y a une voie sûre de se rendre vrai, sincère, exempt de feinte et de déguisement: si on ne sait pas discerner en quoi consiste réellement la vertu, on ne rend pas sa personne vraie, sincère, exempte de feinte et de déguisement.

C'est pourquoi la vérité pure et sincère[15] est la voie du ciel; méditer sur la vérité pour la pratiquer est la voie ou le devoir de l'homme.

Il n'y a jamais eu d'homme qui, étant souverainement vrai, sincère, ne se soit concilié la confiance et la faveur des autres hommes. Il n'y a jamais eu d'homme qui, n'étant pas vrai, sincère, ait pu se concilier longtemps cette confiance et cette faveur.

13. MENG-TSEU dit: Lorsque Pe-i, fuyant la tyrannie de Cheou (sin), habitait les bords de la mer septentrionale, il apprit l'élévation de Wen-wang [comme chef des grands vassaux des provinces occidentales de l'empire]; et se levant avec émotion, il dit: Pourquoi n'irais-je pas me soumettre à lui? j'ai entendu dire que le chef des grands vassaux de l'occident excellait dans la vertu d'entretenir les vieillards. Lorsque Taï-koung, fuyant la tyrannie de Cheou (sin), habitait les bords de la mer orientale, il apprit l'élévation de Wen-wang [comme chef des grands vassaux des provinces occidentales de l'empire]; et se levant avec émotion, il dit: Pourquoi n'irais-je pas me soumettre à lui? j'ai entendu dire que le chef des grands vassaux de l'occident excellait dans la vertu d'entretenir les vieillards.

Ces deux vieillards étaient les vieillards les plus éminents de l'empire; et en se soumettant à Wen-wang, c'étaient les pères de l'empire qui lui avaient fait leur soumission. Dès l'instant que les pères de l'empire s'étaient soumis, à quel autre se seraient donc rendus leurs fils?

Si parmi tous les princes feudataires il s'en trouvait un qui pratiquât le gouvernement de Wen-wang, il arriverait certainement que, dans l'espace de sept années, il parviendrait à gouverner tout l'empire.

14. MENG-TSEU dit: Lorsque Kieou[16] était intendant de la famille Ki, il ne pouvait prendre sur lui d'agir autrement que son maître, et il exigeait en tribut le double de millet qu'autrefois. KHOUNG-TSEU dit: «Kieou n'est plus mon disciple; mes jeunes gens [les autres disciples du Philosophe] devraient le poursuivre publiquement de huées et du bruit des tambours.»

On doit inférer de là que si un prince ne pratique pas un gouvernement humain, et que ses ministres l'enrichissent en prélevant trop d'impôts, ce prince et ses ministres sont réprouvés et rejetés par KHOUNG-TSEU; à plus forte raison repoussait-il ceux qui suscitent des guerres dans l'intérêt seul de leur prince. Si on livre des combats pour gagner du territoire, les hommes tués couvriront les campagnes; si on livre des combats pour prendre une ville, les hommes tués rempliront la ville prise. C'est ce que l'on appelle faire que la terre mange la chair des hommes. Ce crime n'est pas suffisamment racheté par la mort.

C'est pourquoi ceux qui placent toutes leurs vertus à faire la guerre devraient être rétribués de la peine la plus grave. Ceux qui fomentent des ligues entre les grands vassaux devraient subir la peine qui la suit immédiatement; et ceux qui imposent les corvées de cultiver et de semer les terres aux laboureurs dont les champs sont dépouillés d'herbes stériles devraient subir la peine qui vient après.

15. MENG-TSEU dit: De tous les organes des sens qui sont à la disposition de l'homme, il n'en est pas de plus admirable que la pupille de l'œil. La pupille de l'œil ne peut cacher ou déguiser les vices que l'on a. Si l'intérieur de l'âme est droit, alors la pupille de l'œil brille d'un pur éclat; si l'intérieur de l'àme n'est pas droit, alors la pupille de l'œil est terne et obscurcie.