Yan-tseu[14], dans l'âge des passions turbulentes, habitait une ruelle obscure et déserte, mangeait dans une écuelle de roseaux, et buvait dans une courge. Les hommes n'auraient pu supporter ses privations et ses tristesses. Mais Yan-tseu ne perdit pas son air serein et satisfait. KHOUNG-TSEU loua sa conduite dans cette circonstance.
MENG-TSEU dit: Yu, Tsi et Yan-hoeï se conduisirent d'après les mêmes principes.
Yu agissait comme s'il avait pensé que l'empire étant submergé par les grandes eaux, il avait lui-même causé cette submersion. Tsi agissait comme s'il avait pensé que l'empire épuisé par la famine, il avait lui-même causé cette famine. C'est pourquoi ils éprouvaient une telle sollicitude.
Si Yu, Tsi et Yan-tseu s'étaient trouvés à la place l'un de l'autre, ils auraient agi de même.
Maintenant je suppose que les personnes de ma maison se querellent ensemble, je m'empresserai de les séparer. Quoique leurs cheveux et les bandes de leurs bonnets soient épars de côté et d'autre, je devrai également m'empresser de les séparer.
Si ce sont les hommes d'un même village ou du voisinage qui se querellent ensemble, ayant les cheveux et les bandelettes de leurs bonnets épars de côté et d'autre, je fermerai les yeux sans aller m'interposer entre eux pour les séparer. Je pourrais même fermer ma porte, sans me soucier de leurs différends.
30. Koung-tou-tseu (disciple de MENG-TSEU) dit: Tout le monde dans le royaume prétend que Khouang-tchang n'a point de piété filiale. Maître, comme vous avez avec lui des relations fréquentes, que vous êtes avec lui sur un pied de politesse très-grande, oserais-je vous demander pourquoi on a une telle opinion de lui?
MENG-TSEU dit: Les vices que, selon les mœurs de notre siècle, on nomme défauts de piété filiale, sont au nombre de cinq. Laisser ses quatre membres s'engourdir dans l'oisiveté, au lieu de pourvoir à l'entretien de son père et de sa mère, est le premier défaut de piété filiale. Aimer à jouer aux échecs[15], à boire du vin, au lieu de pourvoir à l'entretien de son père et de sa mère, est le second défaut de piété filiale. Convoiter les richesses et le lucre, et se livrer avec excès à la passion de la volupté, au lieu de pourvoir à l'entretien de son père et de sa mère, est le troisième défaut de piété filiale. S'abandonner entièrement aux plaisirs des yeux et des oreilles, en occasionnant à son père et à sa mère de la honte et de l'ignominie, est le quatrième défaut de piété filiale. Se complaire dans les excès d'une force brutale, dans les rixes et les emportements, en exposant son père et sa mère à toute sorte de dangers, est le cinquième défaut de piété filiale. Tchang-tseu a-t-il un de ces défauts?
Ce Tchang-tseu étant fils, il ne lui convient pas d'exhorter son père à la vertu; ce n'est pas pour lui un devoir de réciprocité.
Ce devoir d'exhorter à la vertu est de règle entre égaux et amis; l'exhortation à la vertu entre le père et le fils est une des causes qui peuvent le plus altérer l'amitié.