Pourquoi Tchang-tseu ne désirerait-il pas que le mari et la femme, la mère et le fils demeurent ensemble [comme c'est un devoir pour eux]? Parce qu'il a été coupable envers son père, il n'a pu demeurer près de lui; il a renvoyé sa femme, chassé son fils, et il se trouve ainsi jusqu'à la fin de sa vie privé de l'entretien et des aliments qu'il devait en attendre. Tchang-tseu, dans la détermination de sa volonté, ne paraît pas avoir voulu agir comme il a agi [envers sa femme et son fils][16]. Mais si, après s'être conduit comme il l'a fait [envers son père, il avait en outre accepté l'alimentation de sa femme et de son fils][17], il aurait été des plus coupables. Voilà l'explication de la conduite de Tchang-tseu [qui n'a rien de répréhensible].

31. Lorsque Thsêng-tseu habitait dans la ville de Wou-tching, quelqu'un, en apprenant l'approche d'un brigand armé du royaume de Youeï, lui dit: Le brigand arrive; pourquoi ne vous sauvez-vous pas? Il répondit [à un de ceux qui étaient préposés à la garde de sa maison][18]: Ne logez personne dans ma maison, afin que les plantes et les arbres qui se trouvent dans l'intérieur ne soient pas détruits; et lorsque le brigand se sera retiré, alors remettez en ordre les murs de ma maison, car je reviendrai l'habiter.

Le brigand s'étant retiré, Thsêng-tseu retourna à sa demeure. Ses disciples dirent: Puisque le premier magistrat de la ville a si bien traité notre maître [en lui donnant une habitation], ce doit être un homme plein de droiture et de déférence! Mais fuir le premier à l'approche du brigand, et donner ainsi un mauvais exemple au peuple qui pouvait l'imiter; revenir ensuite après le départ du brigand, ce n'est peut-être pas agir convenablement.

Chin-yeou-hing ( un des disciples de Thsêng-tseu) dit: C'est ce que vous ne savez pas. Autrefois la famille Chin-yeou ayant eu à souffrir les calamités d'une grande dévastation[19], des soixante-dix hommes qui accompagnaient notre maître (Thsêng-tseu) aucun ne vint l'aider dans ces circonstances difficiles.

Lorsque Tseu-sse habitait dans le royaume de Weï, quelqu'un, en apprenant l'approche d'un brigand armé du royaume de Thsi, lui dit: Le brigand arrive; pourquoi ne vous sauvez-vous pas?

Tseu-sse répondit: Si moi Ki je me sauve, qui protégera le royaume avec le prince?

MENG-TSEU dit: Thsêng-tseu et Tseu-sse eurent les mêmes principes de conduite. Thsêng-tseu était précepteur de la sagesse[20]; il était par conséquent dans les mêmes conditions [de dignité et de sûreté à maintenir] qu'un père et un frère aîné: Tseu-sse était magistrat ou fonctionnaire public; il était par conséquent dans une condition bien inférieure [sous ces deux rapports]. Si Thsêng-tseu et Tseu-sse se fussent trouvés à la place l'un de l'autre, ils auraient agi de même.

32. Tchou-tseu, magistrat du royaume de Thsi, dit: Le roi a envoyé des hommes pour s'informer secrètement si vous différez véritablement, maître, des autres hommes.

MENG-TSEU dit: Si je diffère des autres hommes? Yao et Chun eux-mêmes étaient de la même nature que les autres hommes.

33. [MENG-TSEU] dit: Un homme de Thsi avait une femme légitime et une seconde femme qui habitaient toutes deux dans sa maison.