MENG-TSEU dit: Il se plaignait [de ne pas être aimé de ses parents], et il pensait aux moyens de l'être.
Wen-tchang dit: Si son père et sa mère l'aimaient, il devait être satisfait, et ne pas oublier leur tendresse. Si son père et sa mère ne l'aimaient pas, il devait supporter ses chagrins sans se plaindre. S'il en est ainsi, Chun se plaignait donc de ses parents?
MENG-TSEU répliqua: Tchang-si, interrogeant Koung-ming-kao, dit: En ce qui concerne ces expressions: Lorsque Chun se rendait aux champs, j'ai entendu là-dessus vos explications; quant à celles-ci, il versait des larmes en implorant le ciel miséricordieux, j'en ignore le sens.
Koung-ming-kao dit: Ce n'est pas une chose que vous puissiez comprendre.
Koung-ming-kao (continua MENG-TSEU) pensait que le cœur d'un fils pieux ne pouvait être ainsi exempt de chagrins. «Pendant que j'épuise mes forces [se disait-il] à cultiver les champs, je ne fais que remplir mes devoirs de fils, et rien de plus. Si mon père et ma mère ne m'aiment pas, y a-t-il de ma faute?»
L'empereur (Yao) lui envoya ses fils, neuf jeunes gens vigoureux, et ses deux filles, et il ordonna à un grand nombre de magistrats ainsi que d'officiers publics de se rendre près de Chun avec des approvisionnements de bœufs, de moutons et de grains pour son service. Les lettrés de l'empire en très-grand nombre se rendirent près de lui.
L'empereur voulut en faire son ministre et lui transmettre l'empire. Ne recevant aucune marque de déférence [ou de soumission au bien] de ses père et mère, il était comme un homme privé de tout, qui ne sait où se réfugier.
Causer de la joie et de la satisfaction aux hommes dont l'intelligence est la plus éclairée dans l'empire, c'est ce que l'on désire le plus vivement, et cependant cela ne suffisait pas pour dissiper les chagrins [de Chun]. L'amour d'une jeune et belle femme est ce que les hommes désirent ardemment; Chun reçut pour femmes les deux filles de l'empereur, et cependant cela ne suffisait pas pour dissiper ses chagrins. Les richesses sont aussi ce que les hommes désirent vivement; en fait de richesses, il eut l'empire en possession, et cependant cela ne suffisait pas pour dissiper ses chagrins. Les honneurs sont ce que les hommes désirent ardemment; en fait d honneurs, il fut revêtu de la dignité de fils du Ciel [ou d'empereur], et cependant cela ne suffisait pas pour dissiper ses chagrins. Le sentiment de causer de la satisfaction et de la joie aux hommes de l'empire dont l'intelligence est la plus éclairée, l'amour de jeunes et belles femmes, les richesses et les honneurs, ne suffisaient pas pour dissiper les chagrins de Chun. Il n'y avait que la déférence de ses père et mère à ses bons conseils qui aurait pu dissiper ses chagrins.
L'homme, lorsqu'il est jeune, chérit son père et sa mère. Quand il sent naître en lui le sentiment de l'amour, alors il aime une jeune et belle adolescente; quand il a une femme et des enfants, alors il aime sa femme et ses enfants; quand il occupe un emploi public, alors il aime le prince. Si [dans ce dernier cas] il n'obtient pas la faveur du prince, alors il en éprouve une vive inquiétude.
Celui qui a une grande piété filiale aime jusqu'à son dernier jour son père et sa mère. Jusqu'à cinquante ans, chérir [son père et sa mère] est un sentiment de piété filiale que j'ai observé dans le grand Chun.