Parmi ceux qui n'ont pas développé complètement ces facultés de notre nature, les uns diffèrent des autres comme du double, du quintuple; d'autres, d'un nombre incommensurable.

Le Livre des Vers[4] dit:

«Le genre humain, créé par le ciel,

A reçu en partage la faculté d'agir et la règle de ses actions;

Ce sont, pour le genre humain, des attributs universels et permanents

Qui lui font aimer ces admirables dons.»

KHOUNG-TSEU dit: Celui qui composa ces vers connaissait bien la droite voie [c'est-à-dire la nature et les penchants de l'homme]. C'est pourquoi, si on a la faculté d'agir, on doit nécessairement avoir aussi la règle de ses actions, ou les moyens de les diriger. Ce sont là, pour le genre humain, des attributs universels et permanents; c'est pourquoi ils lui font aimer ces admirables dons.

7. MENG-TSEU dit: Dans les années d'abondance, le peuple fait beaucoup de bonnes actions; dans les années de stérilité, il en fait beaucoup de mauvaises; non pas que les facultés qu'il a reçues du ciel diffèrent à ce point; c'est parce que les passions qui ont assailli et submergé son cœur l'ont ainsi entraîné dans le mal.

Maintenant je suppose que vous semez du froment, et que vous avez soin de le bien couvrir de terre. Le champ que vous avez préparé est partout le même; la saison dans laquelle vous avez semé a aussi été la même. Ce blé croît abondamment, et quand le temps du solstice est venu, il est mûr en même temps. S'il existe quelque inégalité, c'est dans l'abondance et la stérilité partielles du sol, qui n'aura pas reçu également la nourriture de la pluie et de la rosée, et les labours de l'homme.

C'est pourquoi toutes les choses qui sont de même espèce sont toutes respectivement semblables [sont de même nature]. Pourquoi en douter seulement en ce qui concerne l'homme? Les saints hommes nous sont semblables par l'espèce.

C'est pour cela que Loung-tseu disait: Si quelqu'un fait des pantoufles tressées à une personne, sans connaître son pied, je sais qu'il ne lui fera pas un panier. Les pantoufles se ressemblent toutes; les pieds de tous les hommes de l'empire se ressemblent.

La bouche, quant aux saveurs, éprouve les mêmes satisfactions. Y-ya[5] fut le premier qui sut trouver ce qui plaît généralement à la bouche. Si en appliquant son organe du goût aux saveurs, cet organe eût différé par sa nature de celui des autres hommes, comme de celui des chiens et des chevaux, qui ne sont pas de la même espèce que nous, alors comment tous les hommes de l'empire, en fait de goût, s'accorderaient-ils avec Y-ya pour les saveurs?

Ainsi donc, quant aux saveurs, tout le monde a nécessairement les mêmes goûts que Y-ya, parce que le sens du goût de tout le monde est semblable.