9. MENG-TSEU, s'adressant à Soung-keou-tsian, dit: Aimez-vous à voyager pour enseigner vos doctrines? moi je vous enseignerai à voyager ainsi.

Si les hommes [les princes] auxquels vous enseignez vos doctrines en prennent connaissance et les pratiquent, conservez un visage tranquille et serein; s'ils ne veulent ni les connaître ni les pratiquer, conservez également un visage tranquille et serein.

Soung-keou-tsian dit: Comment faire pour conserver toujours ainsi un visage tranquille et serein.

MENG-TSEU dit: Si vous avez à vous honorer de votre vertu, si vous avez à vous réjouir de votre équité, alors vous pourrez conserver un visage tranquille et serein.

C'est pourquoi si le lettré [ou l'homme distingué par sa sagesse et ses lumières] se trouve accablé par la misère, il ne perd jamais de vue l'équité; et s'il est promu aux honneurs, il ne s'écarte jamais de la voie droite.

«S'il se trouve accablé par la misère, il ne perd jamais de vue l'équité;» c'est pourquoi l'homme distingué par sa sagesse et ses lumières possède toujours l'empire qu'il doit avoir sur lui-même. «S'il est promu aux honneurs, il ne s'écarte jamais de sa voie droite;» c'est pourquoi le peuple ne perd pas les espérances de bien-être qu'il avait conçues de son élévation.

Si les hommes de l'antiquité[6] obtenaient la réalisation de leurs desseins, ils faisaient participer le peuple aux bienfaits de la vertu et de l'équité. S'ils n'obtenaient pas la réalisation de leurs desseins, ils s'efforçaient d'améliorer leur propre personne, et de se rendre illustres dans leur siècle par leurs vertus. S'ils étaient dans la pauvreté, alors ils ne s'occupaient qu'à améliorer leur personne par la pratique de la vertu. S'ils étaient promus aux honneurs ou aux emplois, alors ils ne s'occupaient qu'à faire régner la vertu et la félicité dans tout l'empire.

10. MENG-TSEU dit: Ceux qui attendent l'apparition d'un roi comme Wen-wang pour secouer la torpeur de leur âme et se produire dans la pratique du bien, ceux-là sont des hommes vulgaires. Les hommes distingués par leur sagesse et leurs lumières n'attendent pas l'apparition d'un Wen-wang pour se produire.

11. MENG-TSEU dit: Si vous donnez à un homme toutes les richesses et la puissance des familles de Han et de Weï, et qu'il se considère toujours avec la même humilité qu'auparavant, alors cet homme dépasse de beaucoup les autres hommes.

12. MENG-TSEU dit: Si un prince ordonne au peuple des travaux dans le but de lui procurer un bien-être à lui-même, quand même ces travaux seraient très-pénibles, il ne murmurera pas. Si, dans le but de conserver la vie aux autres, il fait périr quelques hommes du peuple, quand même celui-ci verrait mourir quelques-uns des siens, il ne s'irritera pas contre celui qui aura ordonné leur mort.