13. MENG-TSEU dit: Les peuples ou les sujets des chefs des grands vassaux sont contents et joyeux; les sujets des rois souverains sont pleins de joie et de satisfaction[7].
Quoique le prince fasse faire quelques exécutions [nécessaires], le peuple ne s'en irrite pas; quoiqu'il lui procure des avantages, il n'en sent pas le mérite. Le peuple chaque jour fait des progrès dans le bien, et il ne sait pas qui les lui fait faire.
[Au contraire] partout où le sage souverain se transporte, le peuple se convertit au bien; partout où il réside, il agit comme les esprits [d'une manière occulte]. L'influence de sa vertu se répand partout en haut et en bas comme celle du ciel et de la terre. Comment dira-t-on que ce sont là de petits bienfaits [tels que ceux que peuvent conférer les petits princes]?
14. MENG-TSEU dit: Les paroles d'humanité ne pénètrent pas si profondément dans le cœur de l'homme qu'un renom d'humanité; on n'obtient pas aussi bien l'affection du peuple par un bon régime, une bonne administration et de bonnes lois, que par de bons enseignements et de bons exemples de vertu.
Le peuple craint de bonnes lois, une bonne administration; le peuple aime de bons enseignements, de bons exemples de vertu. Par de bonnes lois, une bonne administration, on obtient de bons revenus [ou impôts] du peuple; par de bons enseignements, de bons exemples de vertu, on obtient le cœur du peuple.
15. MENG-TSEU dit: Ce que l'homme peut faire sans études est le produit de ses facultés naturelles[8]; ce qu'il connaît sans y avoir longtemps réfléchi, sans l'avoir médité, est le produit de sa science naturelle[9].
Il n'est aucun enfant de trois ans qui ne sache aimer ses parents; ayant atteint l'âge de cinq ou six ans, il n'en est aucun qui ne sache avoir des égards pour son frère aîné. Aimer ses parents d'un amour filial, c'est de la tendresse; avoir des égards pour son frère aîné, c'est de l'équité. Aucune autre cause n'a fait pénétrer ces sentiments dans les cœurs de tous les habitants de l'empire.
16. MENG-TSEU dit: Lorsque Chun habitait dans les retraites profondes d'une montagne reculée, au milieu des rochers et des forêts; qu'il passait ses jours avec des cerfs et des sangliers, il différait bien peu des autres hommes rustiques qui habitaient les retraites profondes de cette montagne reculée. Mais lui, lorsqu'il avait entendu une parole vertueuse, une parole de bien, ou qu'il avait été témoin d'une action vertueuse, il sentait bouillonner dans son sein les nobles passions du bien, comme les ondes des grands fleuves Kiang et Ho, après avoir rompu leurs digues, se précipitent dans les abîmes sans qu'aucune force humaine puisse les contenir!
17. MENG-TSEU dit: Ne faites pas ce que vous ne devez pas faire [comme étant contraire à la raison][10]; ne désirez pas ce que vous ne devez pas désirer. Si vous agissez ainsi, vous avez accompli votre devoir.
18. MENG-TSEU dit: L'homme qui possède la sagacité de la vertu et la prudence de l'art, le doit toujours aux malheurs et aux afflictions qu'il a éprouvés.