21. MENG-TSEU dit: L'homme supérieur désire un ample territoire et un peuple nombreux; mais il ne trouve pas là un véritable sujet de contentement.
L'homme supérieur se complaît, en demeurant dans l'empire, à pacifier et rendre stables les populations situées entre les quatre mers; mais ce qui constitue sa nature n'est pas là.
Ce qui constitue la nature de l'homme supérieur n'est pas augmenté par un grand développement d'action, n'est pas diminué par un long séjour dans l'état de pauvreté et de dénûment, parce que la portion [de substance rationnelle qu'il a reçue du ciel][14] est fixe et immuable.
Ce qui constitue la nature de l'homme supérieur: l'humanité, l'équité, l'urbanité, la prudence, ont leur fondement dans le cœur [ou le principe pensant]. Ces attributs de notre nature se produisent dans l'attitude, apparaissent dans les traits du visage, couvrent les épaules et se répandent dans les quatre membres; les quatre membres les comprennent sans les enseignements de la parole.
22. MENG-TSEU dit: Lorsque Pe-i[15], fuyant la tyrannie de Cheou-(sin), habitait les bords de la mer septentrionale, il apprit l'élévation de Wen-wang[16]; et se levant avec émotion il dit: Pourquoi n'irais-je pas me soumettre à lui? J'ai entendu dire que le chef des grands vassaux de l'occident excellait dans la vertu d'entrenir les vieillards.
Lorsque Taï-kong, fuyant la tyrannie de Cheou-(sin), habitait les bords de la mer orientale, il apprit l'élévation de Wen-wang; et, se levant avec émotion, il dit: Pourquoi n'irais-je pas me soumettre à lui? J'ai entendu dire que le chef des grands vassaux de l'occident excellait dans la vertu d'entretenir les vieillards.
S'il se trouve dans l'empire un homme qui ait la vertu d'entretenir les vieillards, alors tous les hommes pleins d'humanité s'empresseront d'aller se soumettre à lui.
Si dans une habitation de cinq arpents de terre vous plantez des mûriers au pied des murs, et que la femme de ménage élève des vers à soie, alors les vieillards pourront se couvrir de vêtements de soie; si vous nourrissez cinq poules et deux porcs femelles, et que vous ne négligiez pas les saisons [de l'incubation et de la conception], alors les vieillards pourront ne pas manquer de viande. Si un simple particulier cultive un champ de cent arpents, une famille de huit bouches pourra ne pas souffrir de la faim.
Ces expressions [des deux vieillards], le chef des vassaux de l'occident excelle dans la vertu d'entretenir les vieillards, signifiaient qu'il savait constituer à chacun une propriété privée composée d'un champ [de cent arpents][17] et d'une habitation [de cinq][18]; qu'il savait enseigner aux populations l'art de planter [des mûriers] et de nourrir [des poules et des pourceaux]; qu'en dirigeant par l'exemple les femmes et les enfants, il les mettait à même de nourrir et d'entretenir leurs vieillards. Si les personnes âgées de cinquante ans manquent de vêtements de soie, leurs membres ne seront pas réchauffés. Si les septuagénaires manquent de viande pour aliments, ils ne seront pas bien nourris. N'avoir pas ses membres réchauffés [par ses vêtements], et ne pas être bien nourri, cela s'appelle avoir froid et faim. Parmi les populations soumises à Wen-wang, il n'y avait point de vieillards souffrants du froid et de la faim. C'est ce que les expressions citées précédemment veulent dire.
23. MENG-TSEU dit: Si l'on gouverne les populations de manière à ce que leurs champs soient bien cultivés; si on allége les impôts [en n'exigeant que le dixième du produit][19], le peuple pourra acquérir de l'aisance et du bien-être.