S'il prend ses aliments aux heures du jour convenables[20], et qu'il ne dépasse ses revenus que selon les rites prescrits, ses revenus ne seront pas dépassés par sa consommation.
Si le peuple est privé de l'eau et du feu, il ne peut vivre. Si pendant la nuit obscure un voyageur frappe à la porte de quelqu'un pour demander de l'eau et du feu, il ne se trouvera personne qui ne les lui donne, parce que ces choses sont partout en quantité suffisante. Pendant que les saints hommes gouvernaient l'empire, ils faisaient en sorte que les pois et autres légumes de cette espèce, ainsi que le millet, fussent aussi abondants que l'eau et le feu. Les légumes et le millet étant aussi abondants que l'eau et le feu parmi le peuple, comment s'y trouverait-il des hommes injustes et inhumains?
24. MENG-TSEU dit: Lorsque KHOUNG-TSEU gravissait la montagne Toung-chan, le royaume de Lou lui paraissait bien petit; lorsqu'il gravissait la montagne Taï-chan[21], l'empire lui-même lui paraissait bien petit.
C'est ainsi que, pour celui qui a vu les mers, les eaux des rivières et même des fleuves peuvent à peine être considérées comme des eaux; et pour celui qui a passé par la porte des saints hommes [qui a été à leur école], les paroles ou les instructions des autres hommes peuvent à peine être considérées comme des instructions.
Il y a un art de considérer les eaux: on doit les observer dans leurs courants et lorsqu'elles s'échappent de leur source. Quand le soleil et la lune brillent de tout leur éclat, leurs reflets les font scintiller dans leurs profondes cavités.
L'eau courante est un élément de telle nature, que si on ne la dirige pas vers les fossés ou les réservoirs [dans lesquels on veut la conduire], elle ne s'y écoule pas. Il en est de même de la volonté de l'homme supérieur appliquée à la pratique de la droite raison: s'il ne lui donne pas son complet développement, il n'arrivera pas au suprême degré de sainteté.
25. MENG-TSEU dit: Celui qui, se levant au chant du coq, pratique la vertu avec la plus grande diligence, est un disciple de Chun.
Celui qui, se levant au chant du coq, s'occupe du gain avec la plus grande diligence, est un disciple du voleur Tché.
Si vous voulez connaître la différence qu'il y a entre l'empereur Chun et le voleur Tché, elle n'est pas ailleurs que dans l'intervalle qui sépare le gain de la vertu.
26. MENG-TSEU dit: Yang-tseu fait son unique étude de l'intérêt personnel, de l'amour de soi. Devrait-il arracher un cheveu de sa tête pour procurer quelque avantage public à l'empire, il ne l'arracherait pas.