Me-tseu aime tout le monde; si en abaissant sa tête jusqu'à ses talons il pouvait procurer quelque avantage public à l'empire, il le ferait.

Tseu-mo tenait le milieu. Tenir le milieu, c'est approcher beaucoup de la droite raison. Mais tenir le milieu sans avoir de point fixe [tel que la tige d'une balance], c'est comme si l'on ne tenait qu'un côté.

Ce qui fait que l'on déteste ceux qui ne tiennent qu'un côté, ou qui suivent une voie extrême, c'est qu'ils blessent la droite raison; et que pendant qu'ils s'occupent d'une chose, ils en négligent ou en perdent cent.

27. MENG-TSEU dit: Celui qui a faim trouve tout mets agréable; celui qui a soif trouve toute boisson agréable: alors l'un et l'autre n'ont pas le sens du goût dans son état normal, parce que la faim et la soif le dénaturent. N'y aurait-il que la bouche et le ventre qui fussent sujets aux funestes influences de la faim et de la soif? Le cœur de l'homme a aussi tous ces inconvénients.

Si les hommes pouvaient se soustraire aux funestes influences de la faim et de la soif, et ne pas dénaturer leur cœur, alors ils ne s'affligeraient pas de ne pouvoir atteindre à la vertu des hommes supérieurs à eux par leur sainteté et leur sagesse.

28. MENG-TSEU dit: Lieou-hia-hoeï n'aurait pas échangé son sort contre celui des trois premiers grands dignitaires de l'empire[22].

29. MENG-TSEU dit: Celui qui s'applique à faire une chose est comme celui qui creuse un puits. Si, après avoir creusé un puits jusqu'à soixante et douze pieds, on ne va pas jusqu'à la source, on est dans le même cas que si on l'avait abandonné.

30. MENG-TSEU dit: Yao et Chun furent doués d'une nature parfaite; Thang et Wou s'incorporèrent ou perfectionnèrent la leur par leurs propres efforts; les cinq princes chefs des grands vassaux n'en eurent qu'une fausse apparence.

Ayant eu longtemps cette fausse apparence d'une nature accomplie, et n'ayant fait aucun retour vers la droiture, comment auraient-ils su qu'ils ne la possédaient pas?

31. Koung-sun-tcheou dit: Y-yin disait: «Moi je n'ai pas l'habitude de visiter souvent ceux qui ne sont pas dociles [aux préceptes de la raison].» Il relégua Thaï-kia dans le palais où était élevé le tombeau de son père, et le peuple en fut très-satisfait. Thaï-kia s'étant corrigé, il le fit revenir à la cour, et le peuple en éprouva une grande joie.