Lorsqu'un sage est ministre de quelque prince, si ce prince n'est pas sage [ou n'est pas docile aux conseils de la raison][23], peut-il, à l'exemple de Y-yin, le reléguer loin du siége du gouvernement?
MENG-TSEU dit: S'il a les intentions de Y-yin [c'est-à-dire son amour du bien public][24], il le peut; s'il n'a pas les intentions de Y-yin, c'est un usurpateur.
32. Koung-sun-tcheou dit: On lit dans le Livre des Vers[25]:
«Que personne ne mange inutilement[26].»
L'homme supérieur ne laboure pas, et cependant il mange; pourquoi cela?
MENG-TSEU dit: Lorsqu'un homme supérieur habite un royaume, si le prince l'emploie dans ses conseils, alors l'État est tranquille, le trésor public est rempli, le gouvernement est honoré et couvert de gloire. Si les fils et les frères cadets du royaume suivent les exemples de vertu qu'il leur donne, alors ils deviennent pieux envers leurs parents, pleins de déférence pour leurs aînés, de droiture et de sincérité envers tout le monde. Ce n'est pas là manger inutilement [les produits ou les revenus des autres]: Qu'y a-t-il au contraire de plus grand et de plus digne?
33. Tian, fils du roi de Thsi, fit une question en ces termes: A quoi sert le lettré?
MENG-TSEU dit: Il élève ses pensées.
Tian dit: Qu'appelez-vous élever ses pensées?
MENG-TSEU dit: C'est les diriger vers la pratique de l'humanité, de l'équité et de la justice; et voilà tout. Tuer un innocent, ce n'est pas de l'humanité; prendre ce qui n'est pas à soi, ce n'est pas de l'équité. Quel est le séjour permanent de l'âme? c'est l'humanité. Quelle est sa voie? l'équité. S'il habite l'humanité, s'il marche dans l'équité, les devoirs du grand homme [ou de l'homme d'État] sont remplis.