11. MENG-TSEU dit: Les hommes qui aiment la bonne renommée peuvent céder pour elle un royaume de mille quadriges. Si un homme n'a pas ce caractère, son visage témoignera de sa joie ou de ses regrets pour une écuelle de riz et de bouillon.

12. MENG-TSEU dit: Si on ne confie pas [les affaires et l'administration du royaume] à des hommes humains et sages, alors le royaume sera comme s'il reposait sur le vide.

Si on n'observe pas les règles et les préceptes de l'urbanité et de l'équité, alors les supérieurs et les inférieurs sont dans le trouble et la confusion.

Si on n'apporte pas un grand soin aux affaires les plus importantes[12], alors les revenus ne pourront suffire à la consommation.

13. MENG-TSEU dit: Il a pu arriver qu'un homme inhumain obtînt un royaume; mais il n'est encore jamais arrivé qu'un homme inhumain conquît l'empire.

14. MENG-TSEU dit: Le peuple est ce qu'il y a de plus noble dans le monde[13]; les esprits de la terre et les fruits de la terre ne viennent qu'après; le prince est de la moindre importance[14].

C'est pourquoi, si quelqu'un se concilie l'amour et l'affection du peuple des collines [ou des campagnes][15], il deviendra fils du Ciel [ou empereur]; s'il arrive à être fils du Ciel, ou empereur, il aura pour lui les différents princes régnants; s'il a pour lui les différents princes régnants, il aura pour lui les grands fonctionnaires publics.

Si les différents princes régnants [par la tyrannie qu'ils exercent sur le peuple] mettent en péril les autels des esprits de la terre et des fruits de la terre, alors le fils du Ciel les dépouille de leur dignité et les remplace par de sages princes.

Les victimes opimes étant prêtes, les fruits de la terre étant disposés dans les vases préparés, et le tout étant pur, les sacrifices sont offerts selon les saisons. Si cependant la terre est desséchée par la chaleur de l'air, ou si elle est inondée par l'eau des pluies, alors le fils du Ciel détruit les autels des esprits pour en élever d'autres en d'autres lieux.

15. MENG-TSEU dit: Les saints hommes sont les instituteurs de cent générations. Pe-i et Lieou-hia-hoeï sont de ce nombre. C'est pourquoi ceux qui ont entendu parler des grandes vertus de Pe-i sont devenus modérés dans leurs désirs, de grossiers et avides qu'ils étaient, et les hommes sans courage ont senti s'affermir leur intelligence; ceux qui ont entendu parler des grandes vertus de Lieou-hia-hoeï sont devenus les hommes les plus doux et les plus humains, de cruels qu'ils étaient; et les hommes d'un esprit étroit sont devenus généreux et magnanimes. Il faudrait remonter cent générations pour arriver à l'époque de ces grands, hommes, et, après cent générations de plus écoulées, il n'est personne qui, en entendant le récit de leurs vertus, ne sente son âme émue et disposée à les imiter. S'il n'existait jamais de saints hommes, en serait-il de même? Et combien doivent être plus excités au bien ceux qui les ont approchés de près et ont pu recueillir leurs paroles!